Gara Djebilet, le pari minier qui rebat les cartes

Longtemps perçue comme un gisement difficilement valorisable, la mine de fer de Gara Djebilet, dans le sud-ouest algérien, est en passe de devenir l’un des projets phares de la stratégie nationale de diversification économique. À l’horizon 2032, les autorités ambitionnent d’en faire un pilier de l’industrie sidérurgique et un moteur de développement pour les régions du Sud.
Par Brahim MADACI
Pendant plusieurs décennies, Gara Djebilet est resté au stade de potentiel sous-exploité, en raison notamment de la teneur en phosphore du minerai et de son éloignement des grands centres industriels. Les contraintes techniques et logistiques nourrissaient le scepticisme sur la viabilité du projet, avant que de nouveaux choix technologiques et un schéma d’infrastructures repensé ne relancent le dossier.
Sur le marché mondial du fer, l’Australie et le Brésil restent des acteurs dominants, mais leur éloignement des marchés européens et méditerranéens implique des routes maritimes de plus de 20 000 km. L’Algérie mise au contraire sur sa proximité géographique avec ces zones de consommation afin de réduire les coûts et les délais d’acheminement. Pour relier la mine aux infrastructures existantes, une nouvelle ligne ferroviaire de près de 950 km traverse le désert pour rejoindre Béchar, avant de connecter le réseau national et les débouchés portuaires. Ce coût logistique est partiellement compensé par l’extraction à ciel ouvert, donc moins coûteuse, et par l’accès à une énergie locale abondante, le gaz naturel, pour alimenter les unités de transformation.

L’ambition affichée est de faire de Gara Djebilet une source d’approvisionnement prioritaire pour le tissu industriel algérien. D’ici 2032, la production visée est de l’ordre de 10 millions de tonnes par an destinées à la sidérurgie, au secteur de la construction, à l’automobile et à l’électroménager. En réduisant la dépendance aux importations de matières premières, les autorités espèrent mieux maîtriser les coûts, amortir l’impact des fluctuations internationales et consolider les filières manufacturières.
Pour les régions de Tindouf et Béchar, le projet va bien au-delà de la seule extraction minière. La mise en service progressive de la ligne ferroviaire, amorcée début 2026, doit faciliter le désenclavement de territoires longtemps en marge des grands circuits économiques. Les projections évoquent la création de milliers d’emplois directs et indirects, le développement de centres de formation technique et l’essor de services logistiques liés au transport de minerai et aux activités annexes, avec l’objectif de faire de ces zones des pôles structurants d’une nouvelle dynamique saharienne.

Le chantier ferroviaire illustre l’ampleur des moyens mobilisés, avec 1 431 ouvrages d’art recensés entre Gara Djebilet et Béchar : 45 ponts ferroviaires, 48 ponts routiers et 1 338 ouvrages hydrauliques destinés à protéger la voie des crues soudaines dans les oueds. Parmi eux, le viaduc d’Oued Daoura, long de plus de quatre kilomètres, s’impose comme l’un des ponts ferroviaires les plus importants du continent et symbolise la montée en compétences des entreprises nationales impliquées.
Les autorités ont opté pour une montée en puissance graduelle, en s’appuyant au départ sur le parc de locomotives existant afin de lancer les premières circulations sans attendre le renouvellement complet du matériel. L’entrée en service d’une première unité de traitement, annoncée pour 2026, doit permettre d’atteindre un taux de récupération de minerai supérieur à 85 % grâce à des procédés de déphosphoration, étape essentielle pour assurer la compétitivité du gisement et son intégration dans les chaînes industrielles en aval.
Par son ampleur financière, technique et territoriale, Gara Djebilet suscite un vif intérêt dans le débat public algérien. Pour ses promoteurs, il s’agit d’un jalon important de la souveraineté économique et de la diversification hors hydrocarbures ; ses critiques interrogent le coût global, la gouvernance, l’impact environnemental ou encore la capacité du projet à tenir ses objectifs. Entre attentes de développement et interrogations, la mine de Gara Djebilet s’impose désormais comme l’un des principaux baromètres des ambitions industrielles du pays.
Par Brahim MADACI





