Le contrôle des armements stratégiques a disparu
Le dernier traité nucléaire entre les États-Unis et la Fédération de Russie a expiré aujourd’hui. C’est la première fois en 64 ans qu’aucune limite ne sera imposée aux forces nucléaires de chaque camp.
Par Moon of Alabama
Le traité New START limitait le nombre d’armes nucléaires stratégiques déployées et de leurs vecteurs. D’autres traités relatifs au nucléaire, comme le traité ABM (Anti-Ballistic Missile), le traité FNI (Forces nucléaires à portée intermédiaire) et le traité Ciel ouvert, ont déjà été dénoncés par différents présidents américains.
La Russie avait proposé et demandé la prolongation du traité New START, mais les États-Unis n’avaient, jusqu’à présent, pas répondu à cette demande.
La plupart de ces traités visaient à limiter le nombre de systèmes d’armes de chaque camp à un niveau à peu près égal. Ils empêchaient les courses aux armements, où un camp produirait une quantité écrasante d’armes pour anéantir l’autre par une attaque surprise. Ils garantissaient la destruction mutuelle assurée, les deux camps étant anéantis en cas de guerre nucléaire totale.
Mais la véritable valeur de ces traités résidait dans leurs mécanismes de vérification. La vérification a permis d’instaurer la confiance entre les deux parties :
Pour faire respecter le traité [New START], chaque partie devait notifier l’autre de toute activité impliquant ses armes stratégiques, notamment les essais de missiles et les mouvements de bombardiers lourds, partager des données sur le nombre de missiles et de vecteurs déployés, et autoriser les inspections sur site.
Par exemple, le traité imposait que tous les bombardiers stratégiques de chaque partie soient stationnés à découvert, et non dans des abris, afin que l’autre partie puisse les observer par satellite. Cela garantissait l’absence de « forces secrètes » dissimulées. (L’Ukraine a exploité cette disposition en lançant des attaques de drones contre les bombardiers stratégiques russes.)
Les États-Unis n’ont jamais fourni de raison valable justifiant leur souhait de mettre fin aux traités.
L’administration Bush prétendait que le traité ABM entravait le développement de systèmes de défense antimissile contre les « États voyous ». En réalité, elle souhaitait construire un système de défense antimissile capable de neutraliser une attaque nucléaire russe et, par conséquent, de donner aux États-Unis la capacité de mener une première frappe à laquelle la Russie serait incapable de riposter.
Suite à la fin du traité, la Russie développe de nouvelles armes, comme le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Poseidon et le missile Sarmat, indétectable par les systèmes de défense antimissile.
Lorsque la première administration Trump s’est retirée du traité sur les missiles à portée intermédiaire, elle a affirmé, sans preuve, qu’un essai de missile russe avait dépassé les limites de portée définies par le traité. La Russie a réagi à la fin du traité en développant et en déployant le système Oreshnik, un nouveau missile à portée intermédiaire.
Les États-Unis justifient leur retrait du traité New START par la nécessité d’un nouveau traité sur les armes stratégiques, qui devra notamment limiter les forces de missiles stratégiques chinoises. La Chine refuse d’adhérer à un tel traité, car elle possède moins de 20 % des armes nucléaires stratégiques déployées par la Russie et les États-Unis.
Il est peu probable, pour l’instant, que la fin du traité New START entraîne une course à l’acquisition d’armes nucléaires stratégiques toujours plus nombreuses, même si le complexe militaro-industriel réclamera davantage de missiles.
Mais la fin du traité entraînera une moindre connaissance des activités de l’autre partie et, à terme, érodera la confiance dans ses propres capacités, car les capacités réelles de l’adversaire seront de plus en plus inconnues. Cette insécurité et ses conséquences potentielles constituent le véritable danger.
Au cours des dernières heures, des informations ont filtré concernant une prolongation informelle des paramètres du traité New START :
Les envoyés du président Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, ont négocié le traité New START avec des responsables russes en marge des pourparlers sur l’Ukraine à Abou Dhabi.
Le traité expirera officiellement jeudi, et la prolongation ne sera pas formalisée juridiquement, a déclaré un responsable américain. « Nous avons convenu avec la Russie d’agir de bonne foi et d’entamer une discussion sur les modalités d’une éventuelle mise à jour », a-t-il ajouté.
Une autre source a indiqué que, concrètement, les deux parties s’engageraient à respecter les termes de l’accord pendant au moins six mois, période durant laquelle des négociations en vue d’un éventuel nouvel accord pourraient avoir lieu.
Si j’étais à la place de la Russie, je ne ferais pas confiance aux États-Unis quant au respect d’un tel engagement informel. Tout accord de ce type devra être vérifié.
La Russie devrait vérifier si les États-Unis sont disposés à permettre la vérification de leur engagement informel concernant les limites du traité New START.
Par Moon of Alabama
Traduit par Brahim Madaci





