Exile, un chef d’œuvre du cinéma tunisien qui fait le procès de la mondialisation aliénante
Le film tunisien Exil a remporté, au 46 e festival international du film au Caire les prix de la critique et du public. Une reconnaissance bien méritée après avoir été acclamée au festival de Locarno, Cannes, Venise… Il n’est peut-être pas exagéré d’affirmer que ce film est un chef-d’œuvre à tous égards. Qu’il s’agisse des angles de prise de vues, ou de la délicatesse du langage cinématographique, caractérisé par une grande transparence rappelant les plus beaux exemples du cinéma mondial, chaque scène est en elle-même une œuvre d’art à part entière, riche d’images évocatrices transmises par un langage visuel d’une exquise beauté.
Par Mahmoud Al Rashed – Le Caire
Entre fiction et réalité, Exile (Le mot Ightirab en arabe pourrait être traduit également par aliénation) fait le procès de l’ancien monde industriel déclinant face aux mutations d’une mondialisation débridée marquée par la course effrénée au profit. Dans un monde industriel ravagé par le mercantilisme et le productivisme déshumanisant, Mohamed, ouvrier dans la plus grande aciérie du pays, une entreprise nationale au bord de la faillite et sur le point d’être privatisée, entame une quête implacable de vérité et de justice suite à un accident de travail qui a coûté la vie à son ami Adel.

Afin de garantir encore plus de réalisme, le réalisateur a tourné la plupart des scènes dans une usine sidérurgique désaffectée, au milieu du vacarme des opérations de fusion et du bruit des machines gigantesques, ce qui a permis aux spectateurs de vivre avec les personnages du film de sentir et de partager la souffrance et les difficultés auxquelles sont confrontés les ouvriers, qui peuvent parfois aller jusqu’à la mort. Pour mieux coller à dure réalité des ouvriers, la réalisatrice a fait appel à certains ouvriers de l’usine pour filmer des scènes terrifiantes pendant les opérations de fusion du fer.

Si le film débute par une énorme et mystérieuse explosion dans une usine sidérurgique, la réalisatrice, grâce à une intrigue artistique bien conduite, ne nous révèle le secret de cette tragique et terrifiante explosion qu’à la fin du film. Après une succession d’événements et de rebondissements à la suite de cette explosion qui a coûté la vie à l’un des ouvriers et blessé un autre à la tête, la vie de ce dernier (Adel) est mise en danger par un éclat de fer qui s’est installé dans son corps provoquant, avec le temps, une rouille mortifère. A travers cette métaphore, la réalisatrice semble suggérer que l’usine et ses dirigeants sont eux aussi rongés par la corruption et la rouille.
Rétrogradé, après cette explosion, au poste de veilleur de nuit, Mohamed se heurte à l’exclusion, à la marginalisation et à une conspiration qui dépasse largement les murs de l’usine. Tandis que la rouille gagne son corps, Mohamed entame une lente métamorphose : de simple ouvrier il se transforme en résistant acharné contre ce système qui foule aux pieds les travailleurs vulnérables.

Comme c’est souvent le cas pour les entreprises industrielles appartenant au secteur public dans les pays du tiers monde, l’usine où se déroule l’action du film est dans un état déplorable et risque à tout moment d’être privatisée ou bradée au secteur privé. Afin d’accélérer ce processus et de permettre aux requins de la finance de s’emparer de l’usine, un complot est ourdi et un explosif est placé parmi les pièces de ferraille rouillées qui explosent dès qu’elles sont exposées à la chaleur, tuant un ouvrier et blessant son ami à la tête. Ce dernier résout le mystère en visionnant les enregistrements des caméras de surveillance et en poursuivant les personnes influentes qui ont comploté avec les financiers qui cherchent à mettre la main sur l’usine à bas prix.
Il convient de préciser que le réalisateur tunisien Mehdi Himli, sa productrice, la directrice artistique Moufida Fadila, et leur équipe ont eu le sentiment d’avoir remporté la plus belle des récompenses grâce à l’accueil chaleureux et aux échanges enrichissants du public.
Mahmoud Al-Rashed – Le Caire





