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La voix de Hind Rajab résonne à Berlin : Kaouther Ben Hania dit non au silence

Lors de la cérémonie « Cinema for Peace » qui s’est tenue à Berlin, le film « La Voix de Hind Rajab » de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania a remporté le prix du Meilleur film, en présence notamment d’Hillary Clinton et de Kevin Spacey.

Par Brahim MADACI

Dans son discours, Ben Hania a affirmé que « la paix ne peut exister sans responsabilité », soulignant la nécessité de rendre des comptes avant de parler de paix. Elle a ensuite annoncé qu’elle refusait de recevoir le prix, déclarant qu’elle le laisserait sur place et ne l’accepterait que lorsque la paix s’accompagnerait d’une véritable responsabilité juridique et morale.
La soirée a également été marquée par l’hommage rendu à l’ancien général israélien Noam Tibon, ce qui a été perçu comme une tentative de donner une illusion d’« équilibre » entre la victime et le bourreau.

En apparence, il s’agit d’une fiction ; en réalité, le film de Kaouther Ben Hania se construit autour d’une voix bien réelle, celle d’une fillette palestinienne prise sous le feu de l’armée israélienne à Gaza. Primé du Lion d’argent à la Mostra de Venise après une ovation de plus de vingt minutes, La Voix de Hind Rajab revient sur l’appel téléphonique d’une enfant de six ans au Croissant-Rouge, seule survivante dans une voiture visée par les tirs. En s’appuyant sur cet enregistrement devenu emblématique du coût humain de la guerre, le film interroge la capacité du cinéma à faire résonner une preuve sonore dans l’espace public et à la transformer en outil de mémoire politique.

Déclaration de Kaouther Ben Hania :
« J’ai besoin de lire ces mots, car le prix du Meilleur film cette année est trop lourd à porter… Bonsoir. Ce soir, je ressens davantage de responsabilité que de gratitude.
La Voix de Hind Rajab ne concerne pas seulement une petite fille ; il s’agit d’un système qui a rendu son meurtre possible.
Ce qui est arrivé à Hind n’est pas une exception : c’est une partie d’un génocide.
Et ce soir, à Berlin, certaines personnes présentes ont apporté une couverture politique à ce génocide, en reformulant les massacres de civils comme des actes de « défense légitime » ou des « situations complexes », et en dénigrant ceux qui protestent.
Mais, comme vous le savez, la paix n’est pas un parfum que l’on vaporise sur la violence pour donner à ceux qui la commettent une impression d’élégance ou de confort.
Et le cinéma n’est pas un blanchiment par l’image.
Si nous parlons de paix, nous devons parler de justice ; et la justice signifie responsabilité. (applaudissements)
Sans responsabilité, il n’y a pas de paix.
L’armée israélienne a tué Hind Rajab, sa famille, et les deux secouristes venus la sauver, avec la complicité des gouvernements les plus puissants du monde et de leurs institutions, qui refusent de laisser leur mort devenir la toile de fond d’un discours poli sur la paix — tant que les structures qui ont rendu cela possible resteront intactes.
C’est pourquoi, ce soir, je ne ramènerai pas ce prix chez moi.
Je le laisse ici comme un rappel.
Et lorsque la paix sera recherchée comme un devoir juridique et moral, enraciné dans la responsabilité du génocide, alors je reviendrai le recevoir avec joie.
Merci beaucoup. Merci. »

 

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