Restitutions coloniales : du tambour ivoirien aux symboles algériens, un même combat pour la mémoire

Le retour du tambour parleur : quand la mémoire coloniale résonne jusqu’en Algérie
Le Djidji Ayôkwé, tambour sacré ivoirien spolié à l’époque coloniale, a été restitué à la Côte d’Ivoire lors d’une cérémonie à Paris. Ce geste symbolique relance les appels d’Alger pour le retour de ses propres trésors mémoriels, du canon Baba Merzoug aux crânes des résistants algériens.
Par Brahim Madaci
Un tambour sacré enfin restitué
Le Djidji Ayôkwé, tambour parleur volé il y a plus d’un siècle, a retrouvé le chemin d’Abidjan. La France a officiellement remis cet instrument mythique à la Côte d’Ivoire le 20 février, lors d’une cérémonie solennelle au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, en présence de la ministre française de la Culture, Rachida Dati, et de son homologue ivoirienne, Françoise Remarck.
« C’est un événement historique pour la France comme pour la Côte d’Ivoire », a déclaré Rachida Dati, soulignant que le tambour, long de trois mètres et pesant 430 kg, n’est pas un simple vestige, mais « un emblème de mémoire et de culture ». L’objet, utilisé autrefois pour transmettre des messages entre villages ou annoncer le danger, symbolise aujourd’hui la voix retrouvée d’un peuple.
Après sa signature officielle de transfert, le tambour rejoindra prochainement le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, où des espaces sont déjà préparés pour l’accueillir.
Un précédent aux échos africains
Cette restitution ne concerne pas qu’Abidjan. Elle s’inscrit dans une politique de réparation symbolique initiée par la France depuis quelques années, après les restitutions d’œuvres au Bénin et au Sénégal. Le Parlement français avait donné son feu vert à cette démarche en 2025, levant l’un des derniers verrous juridiques qui empêchaient la restitution d’objets classés dans les collections publiques.
Au-delà du geste diplomatique, le retour du Djidji Ayôkwé confirme une évolution du regard porté sur le patrimoine africain : ces biens, arrachés pendant la colonisation, ne sont plus considérés comme de simples artefacts mais comme des fragments vivants d’histoire et d’identité.
L’Algérie réclame à son tour ses symboles
Le cas ivoirien réactive un débat que l’Algérie porte avec insistance : celui du retour de ses propres pièces historiques. Parmi elles, le canon Baba Merzoug, rebaptisé « La Consulaire » et exposé à Brest, reste au centre des revendications algériennes. Construit au XVIᵉ siècle et érigé jadis sur les remparts d’Alger, ce canon était un symbole de puissance et de résistance. Son transfert en France en 1830 fut perçu comme un trophée de conquête.

Autre dossier sensible : celui des crânes de résistants algériens conservés pendant plus d’un siècle au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Si une partie a été restituée en 2020, d’autres restes humains demeurent toujours en France, suscitant un fort sentiment d’injustice et de mémoire inachevée.
Vers une restitution de la mémoire collective ?
De la Côte d’Ivoire à l’Algérie, la question dépasse désormais les objets eux-mêmes : elle touche à la reconnaissance d’un passé partagé et souvent douloureux. Comme le souligne un historien africain : « Restituer un tambour, un canon ou un crâne, c’est rendre la parole à ceux qu’on avait réduits au silence. »
En rendant le Djidji Ayôkwé, la France ouvre un nouveau chapitre. Mais d’Abidjan à Alger, beaucoup espèrent que cette onde de restitution continuera à faire écho jusqu’aux symboles les plus profonds de la mémoire coloniale.
Par Brahim Madaci





