Guerre contre l’Iran : Trump recule – Qui a fait pression pour la guerre ? – L’objectif de domination énergétique
Samedi, le président américain Donald Trump a menacé d’attaquer le réseau électrique iranien et d’autres infrastructures dans les 48 heures si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert à la navigation :
Par Moon of Alabama
« Si l’Iran n’ouvre pas COMPLÈTEMENT, SANS MENACE, le détroit d’Ormuz dans les 48 HEURES à compter de maintenant, les États-Unis d’Amérique frapperont et détruiront ses différentes CENTRALES ÉLECTRIQUES, EN COMMENCANT PAR LA PLUS IMPORTANTE ! », a-t-il publié sur les réseaux sociaux vers 19h45 EDT (23h45 GMT) samedi.
L’Iran a réagi en menaçant de représailles contre les infrastructures des États clients des États-Unis dans le Golfe. Une telle attaque aurait des conséquences dévastatrices :
« Si l’infrastructure énergétique iranienne est attaquée par l’ennemi, toutes les infrastructures énergétiques, ainsi que les technologies de l’information et les usines de dessalement d’eau appartenant aux États-Unis et au régime en place dans la région, seront visées conformément aux avertissements précédents », a déclaré le porte-parole militaire iranien Ebrahim Zolfaqari, selon les médias d’État.
Lundi matin, les marchés ont réagi avec nervosité. Les bons du Trésor, les actions et l’or étaient tous en baisse.
Alors que les marchés menaçaient de s’effondrer, et peu avant l’échéance fixée par Trump à l’Iran, il a reculé :
Je soupçonne, et des sources iraniennes le confirment, qu’il n’y a eu aucune discussion avec l’Iran. Trump invente ces discussions pour se soustraire aux conséquences catastrophiques qu’aurait entraînées toute tentative de mise à exécution de sa menace.
Dans cinq jours, après la fermeture des marchés pour la semaine, Trump pourrait bien renouveler sa menace.
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J’avais prévenu que, même si la paix était conclue aujourd’hui, il faudrait encore de nombreux mois pour se remettre des chutes de l’approvisionnement en pétrole et en gaz. The Economist a effectué des calculs sur le temps nécessaire à la normalisation du marché pétrolier et gazier :
Même le scénario le plus optimiste pour les marchés de l’énergie est catastrophique (archive).
Even the best-case scenario for energy markets is disastrous (archived)
Même si Donald Trump et l’Iran parvenaient à un accord pour cesser les hostilités demain, il faudrait encore quatre mois avant que les marchés ne retrouvent une certaine normalité. Les producteurs d’autres pays ne peuvent pas augmenter leur production suffisamment rapidement pour compenser les pertes passées. Il en résulte une baisse d’environ 3 % de la production mondiale de pétrole prévue cette année. Chaque mois d’arrêt du terminal de Ras Laffan représente une perte mondiale d’environ 7 millions de tonnes de GNL, soit près de 2 % de l’offre annuelle projetée. De plus, en raison des dernières grèves, la pleine capacité sera inférieure à ce qu’elle était auparavant. En conséquence, la production sera inférieure de 4 % à la demande cette année, même si le Qatar commençait à produire le maximum de sa capacité dès aujourd’hui.
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Les négociants en pétrole et en gaz misent toujours sur un miracle printanier. Le monde entier l’espère. Mais même si M. Trump et les ayatollahs iraniens exaucent ce vœu, la logistique du pétrole et du gaz ne sera pas apaisée. Les marchés de l’énergie subiront les conséquences de la guerre jusqu’au cœur de l’hiver.
J’ai le sentiment que ces estimations sont plutôt optimistes.
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Tout en versant des larmes de crocodile sur le sort de personnes prétendument innocentes emprisonnées en Iran, les États-Unis ont attaqué des prisons iraniennes :
Prisons iraniennes où des bombes menacent dissidents et Américains (archives) – WSJ
(The Iranian Prisons Where Bombs Are Threatening Dissidents and Americans (archived) – WSJ)
Des frappes aériennes ont endommagé des complexes servant à détenir des prisonniers politiques, selon une enquête visuelle du Wall Street Journal, mettant leur vie en danger.
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De nouveaux éléments de contexte sur le déroulement de la guerre contre l’Iran commencent à paraître. Difficile de démêler le vrai du faux. Voici en résumé les informations qui circulent :
Israël pensait pouvoir déclencher une rébellion en Iran. Cela ne s’est pas produit. (archive) – NY Times (Israel Thought It Could Spur Rebellion Inside Iran. That Hasn’t Happened. (archived) – NY Times)
Les espoirs du président Trump qu’un plan israélien visant à provoquer un soulèvement interne contre le gouvernement théocratique iranien puisse mettre fin rapidement à la guerre ont été jusqu’à présent déçus.
Selon David Barnea, chef du Mossad, quelques jours après le début du conflit, son service serait probablement en mesure de galvaniser l’opposition iranienne, déclenchant des émeutes et d’autres actes de rébellion susceptibles même de provoquer l’effondrement du gouvernement iranien. M. Barnea a également présenté cette proposition à de hauts responsables de l’administration Trump lors d’une visite à Washington à la mi-janvier.
M. Netanyahu a adopté le plan. Malgré les doutes quant à sa faisabilité parmi de hauts responsables américains et certains responsables d’autres services de renseignement israéliens, lui et le président Trump semblaient tous deux adopter une perspective optimiste. L’élimination des dirigeants iraniens dès le début du conflit, suivie d’une série d’opérations de renseignement visant à encourager un changement de régime, pensaient-ils, pourrait provoquer un soulèvement populaire susceptible de mettre rapidement fin à la guerre.
« Prenez le contrôle de votre gouvernement : il sera à vous », a déclaré M. Trump aux Iraniens lors de son premier discours au début de la guerre, après leur avoir conseillé de se mettre à l’abri des bombardements.
Trois semaines après le début du conflit, aucun soulèvement iranien ne s’est encore produit.
La volonté de Trump d’entrer en guerre contre l’Iran révèle les limites d’un gouvernement servile (archives) – Bloomberg (Trump’s Iran War Drive Exposes Limits of ‘Yes Sir’ Cabinet (archived) – Bloomberg)
Parmi ceux qui ont fait pression en privé sur Trump pour qu’il frappe l’Iran figuraient le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le magnat des médias Rupert Murdoch et certains commentateurs conservateurs, selon des sources proches du dossier ayant requis l’anonymat pour évoquer des conversations privées. Le fondateur de News Corp. a communiqué à plusieurs reprises avec Trump pour l’inciter à s’en prendre à Téhéran, selon une personne informée de leurs échanges. Parallèlement, certains des plus proches conseillers de Trump se montraient plus discrets quant à la perspective d’un conflit armé, notamment le vice-président JD Vance, le secrétaire d’État Marco Rubio et la chef de cabinet de la Maison-Blanche, Susie Wiles, selon ces sources.
Rares, voire aucun, ne lui ont dit ouvertement que c’était une idée malavisée. Wiles s’est efforcée de s’assurer que le président comprenne ses options, ont indiqué ces mêmes sources, tandis que Vance exhortait les hauts responsables à parler franchement avec le président et à aborder la possibilité d’une guerre. Lors de réunions privées précédant les attaques, Vance a posé des questions sur le déroulement d’une telle guerre.
Ces articles qui accusent Netanyahu passent à côté de l’essentiel. Cette guerre s’inscrit dans une stratégie américaine à long terme et était donc inévitable :
L’Amérique s’assure une domination énergétique totale – et personne ne s’en aperçoit.
Je l’ai dit et répété : les États-Unis ne perdent jamais leurs guerres. Si c’était le cas, ils cesseraient de les mener. Qu’il s’agisse de l’Afghanistan, de la Syrie, de l’Irak ou de la Libye, les États en faillite ne sont pas des échecs de l’Empire. Ce sont des victoires impériales. Et l’Empire est en pleine expansion.
Aujourd’hui, le même refrain s’élève au sujet de l’Iran. De gauche comme de droite, le discours est identique : ce sera un désastre, l’Amérique va trop loin, l’Iran sera son cimetière. Les mêmes voix. Le même aveuglement. Le même scénario vieux d’un siècle.
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Medhurst soutient que les États-Unis, loin de s’enliser dans un nouveau bourbier désastreux en Asie occidentale, mettent en œuvre une mainmise calculée sur les ressources énergétiques de la planète – et que les guerres en Syrie, au Venezuela, en Ukraine et maintenant en Iran ne sont pas des erreurs isolées, mais des étapes successives vers un seul et même objectif : la domination énergétique totale. Si la domination énergétique est l’objectif principal de Washington, sa réalisation est sujette à caution :
Comment la guerre en Iran transforme la domination énergétique américaine en un mirage – The National (How the Iran war is turning America’s energy dominance into a mirage – The National)
Des énergies alternatives non fossiles émergent et s’imposent sur les marchés. Toute tentative de monopoliser les énergies fossiles et d’en faire grimper les prix favorisera l’adoption d’alternatives non fossiles et se révélera ainsi contre-productive.
Par Moon of Alabama
Traduit par Brahim Madaci





