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La perte de la puissance diplomatique américaine

Tout faire par la guerre est en réalité difficile, coûteux et intenable.

Jude Russo*

Le président Donald Trump fait grand bruit en annonçant la fin de la guerre contre l’Iran. Tant mieux. Comme dirait Pete Hegseth, le grand manitou de la télévision locale, nous avons mis le pays sens dessus dessous ; vous pouvez le constater sur le compte officiel du Département de la Défense (DOD X), où des images d’explosions sont entrecoupées d’extraits de films et de jeux vidéo, dans ce qui constitue le nouveau summum du mauvais goût. Et maintenant, il semblerait que nous proposions aux Iraniens quelque chose qui ressemble à ce qui était envisagé avant que les bombes ne commencent à pleuvoir. Bravo ! Sortez les jets privés ! Envoyez J.D. Vance à Islamabad, immédiatement !

Le problème, c’est qu’il est difficile de croire vraiment à la clique du 1600 Penn. Les Iraniens nient toute négociation directe, et le dernier grand espoir de Washington, le président du Parlement iranien Mohammed Bagher Ghalibaf, a déclaré que ces annonces visaient à rassurer les marchés occidentaux. (Plusieurs observateurs ont noté que la suspension de l’ultimatum de Trump concernant le bombardement des infrastructures énergétiques iraniennes devrait expirer juste après la fermeture des marchés vendredi.) Il convient également de rappeler que les deux derniers cycles de négociations avec l’Iran n’ont servi que de prétexte à des renforcements militaires précédant des attaques – et, tenez-vous bien, plusieurs milliers de soldats américains sont actuellement en route vers la région du Golfe persique.

Rien d’étonnant à ce que les Iraniens soient méfiants et aient déclaré qu’ils n’accepteraient aucune ouverture de la Maison Blanche pour le moment. Vance va devoir patienter un peu à Observatory Circle, et peut-être même divulguer quelques informations supplémentaires sur ses réserves quant à cette guerre, alors même qu’il appelle publiquement à la démission des opposants internes à l’administration. (Avez-vous déjà vu un homme politique aussi manipulé que J.D. Vance ? Se convertir publiquement au catholicisme et se retrouver contraint de défendre la pilule abortive à la télévision, adopter une politique étrangère plus mesurée et être forcé de défendre la guerre la plus destructrice et insensée, sinon de l’histoire, du moins de mémoire récente. C’est tellement pénible à imaginer qu’on espère presque qu’il n’y croit pas vraiment.) Il ne fait guère de doute que les États-Unis peuvent continuer à dominer le champ de bataille. Cela a d’ailleurs été le cas dans tous les conflits auxquels l’Amérique a participé depuis la guerre de Corée. Mais c’est différent d’une « victoire totale ». La question est de savoir à quel prix et pour quel bénéfice ; en d’autres termes, pour reprendre les termes des politologues, si les objectifs politiques sont atteints par l’action militaire. Le fait est qu’il sera extrêmement coûteux et douloureux d’empêcher les Iraniens, qui ne semblent pas près de s’effondrer pour le moment, de lancer des projectiles sur des cibles régionales – la traque des missiles Scud étant une technique moins efficace à l’ère des drones – et ce, au détriment de la capacité opérationnelle américaine sur d’autres théâtres d’opérations et de l’activité économique mondiale. Une étude récente du Congrès a révélé que la guerre a déjà épuisé un tiers de nos stocks d’intercepteurs THAAD ; les répercussions de la raréfaction des approvisionnements en pétrole et en gaz se font déjà sentir dans les secteurs manufacturier et agricole.

Les faucons bellicistes hystériques du comité éditorial du Wall Street Journal et parmi mes derniers amis néoconservateurs, qui qualifient cette guerre de « moment Suez » pour l’Amérique, ont, d’une certaine manière, raison.

Le conflit de Suez fut une erreur stratégique qui provoqua une crise : les Britanniques et les Français s’engagèrent dans un conflit extrêmement difficile à gagner. Cette situation commence à nous rappeler des souvenirs. Mais l’argument sensé serait que cette guerre n’aurait pas dû être choisie, et non que les parieurs continuent de miser sur le rouge. Les États-Unis doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas dominer le monde uniquement par la force. Il ne s’agit pas d’une faiblesse particulière, mais d’un constat de la réalité. La guerre est un outil pour atteindre des objectifs politiques ; la diplomatie en est un autre.

Or, notre force diplomatique est actuellement bien faible. Recourir à des bombardements massifs en pleine négociation nuit à notre crédibilité. (Il convient également de citer le raid contre le Venezuela, qui n’a en réalité permis d’obtenir aucune concession matérielle non prévue à la table des négociations, et les frappes ukrainiennes contre la flotte de bombardiers stratégiques russes en plein milieu de réunions américano-russes.) Il faudra recourir davantage à la force, car il ne sera plus possible d’agir autrement. Quand on recourt à la force, les gens ont tendance à se défendre. Cela engendre un cercle vicieux d’expansion militaire toujours plus importante.

De plus, la volonté de relancer la diplomatie américaine semble bien faible. Je ne suis pas un homme vindicatif, aussi ne vais-je pas narguer mes détracteurs en leur rappelant que j’avais parfaitement raison de penser que l’affaire vénézuélienne allait engendrer des distorsions néfastes dans la politique américaine et dans notre manière de faire la guerre et la paix. Une fois que le pouvoir exécutif aura découvert qu’il peut utiliser la force militaire sans aucun contrôle, il y a fort à parier qu’il le fera à la moindre occasion. Ces contrôles existent par prudence autant que par principe ; ils freinent les décisions hâtives, et ne constituent pas une simple concession à des notions sclérosées d’autonomie et de constitutionnalité.

La crédibilité diplomatique américaine peut-elle être restaurée ? Difficile à dire. Mais il faudra bien que quelque chose change.

Jude Russo

*Jude Russo est rédacteur en chef de The American Conservative et collaborateur au New York Sun. Il est boursier James Madison 2024-2025 au Hillsdale College et a été nommé parmi les 20 personnalités de moins de 30 ans les plus influentes par l’ISI en 2024.

The American Conservative

Traduit par Brahim Madaci

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