« Ce qui attend Israël lors de la prochaine phase de la guerre est effrayant. »
[Ces compilations sont issues d’analyses et de commentaires de commentateurs politiques et de sécurité israéliens parus dans la presse hébraïque – les articles publiés en hébreu offrant souvent une perspective différente sur le discours interne israélien. Quelques modifications mineures ont été apportées pour plus de clarté.]
CONFLICT FORUM
ÉVOLUTIONS STRATÉGIQUES – OBSERVATIONS CONSÉCUTIVES
Ancien médiateur de Tsahal (général Yitzhak Brik) : « Ce qui attend Israël dans la prochaine phase [de la guerre] est effrayant. » – « Israël n’est pas stratégiquement préparé à une guerre sur plusieurs fronts qui menacera notre existence même » (Ma’ariv) :
Pendant des années, j’ai été un précurseur… Je me tiens [ici] aujourd’hui, alors que les nuages d’une guerre régionale s’assombrissent. Mes appels à une introspection stratégique se heurtent invariablement au même mur infranchissable : une opinion publique qui refuse de voir la réalité en face craint la vérité et préfère croire aux mensonges institutionnalisés des sphères politiques, militaires et médiatiques. C’est un peuple qui vit au jour le jour, refuse de regarder vers l’avenir et le paie de son sang. Après le terrible échec du 7 octobre, il semblait que quelque chose se soit fissuré dans l’arrogance israélienne. Les mêmes détracteurs qui m’avaient persécuté les années précédant le désastre… parce que j’avais osé souligner le manque de préparation de Tsahal, sont venus me demander pardon. Soudain, mon « courage » était loué. Mais la mémoire nationale s’est avérée terriblement courte… [Aujourd’hui encore], je refuse de participer au parti des illusions. Car je continue de clamer haut et fort que l’armée de terre est exsangue et qu’Israël n’est pas stratégiquement préparé à une guerre sur plusieurs fronts simultanément, qui menacerait notre existence même…
L’ADN du désastre : ce comportement n’est pas accidentel ; il est inscrit dans notre ADN historique. C’est le même schéma d’action qui a conduit à la destruction du Premier et du Second Temple. C’est cette même indifférence criminelle qui a accueilli Jabotinsky à la veille de l’Holocauste, lorsqu’il suppliait les Juifs d’Europe de « détruire l’exil, sinon l’exil vous détruira », et qu’il fut accueilli avec mépris… le faux messie de « l’armée la plus puissante du monde » qui s’est brisé contre les barrières de Gaza et du Liban. Nous sommes prisonniers d’une conception du pouvoir, mais vide de sens sur le plan opérationnel… Netanyahou et l’état-major… continuent de gérer la situation avec les méthodes d’hier, alors que la menace de demain est déjà là. L’armée israélienne est démoralisée depuis des décennies, au profit de technologies de pointe et d’une force aérienne incapable, à elle seule, de décider d’une guerre totale. Les forces aériennes israéliennes et américaines ne peuvent submerger ni renverser le régime iranien à elles seules. Ce dernier, bénéficiant d’un soutien massif de la Russie et de la Chine, restaure ses capacités opérationnelles et mettra tout en œuvre pour transformer les 400 kilogrammes d’uranium enrichi qu’il possède en dix bombes atomiques, une menace trop lourde pour qu’Israël puisse la supporter.
La pente glissante vers l’abîme : la véritable tragédie est notre refus d’apprendre. L’histoire ne se répète pas, elle ne fait que révéler les lacunes de ceux qui ne l’ont pas comprise. L’Israël d’aujourd’hui est un pays accro à la tactique et qui délaisse la stratégie. Nous gagnons des batailles mineures, mais nous perdons la bataille pour la survie. Le peuple israélien doit comprendre : le confort est l’ennemi de la préparation. Croire que nous pouvons continuer à vivre dans une bulle à Tel-Aviv ou à nous complaire dans des discours politiques superficiels alors que la terre tremble est le chemin le plus sûr vers la destruction du Troisième Temple. Si nous ne parvenons pas à remplacer l’arrogance par l’humilité pratique, les mensonges par des vérités difficiles et la suffisance par une analyse réaliste de la situation, nous ne survivrons pas. Un pays qui refuse de se regarder en face et d’admettre ses faiblesses finira par s’effondrer. Le temps presse, et cette fois, il se pourrait bien que personne ne soit là pour nous pardonner.
Un miracle s’est produit le 7 octobre lorsque le Hezbollah a décidé de ne pas se joindre à l’attaque du nord simultanément à celle du Hamas. Ceux qui s’appuient sur d’autres miracles finiront par disparaître.
Chef d’état-major de Tsahal : « Tsahal va s’effondrer ; d’ici peu, elle ne sera plus en mesure d’assurer ses missions de routine. »
Chaîne 13 : Le chef d’état-major de Tsahal a déclaré au cabinet de sécurité : « Tsahal va s’effondrer. Je vous tire la sonnette d’alarme. Tsahal a besoin d’une loi sur la conscription, d’une loi sur la réserve et d’une loi prolongeant le service militaire obligatoire. D’ici peu, elle ne sera plus en mesure d’assurer ses missions de routine, et le système de réserve ne tiendra pas. » Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid : « Le chef d’état-major met en garde contre l’effondrement imminent de Tsahal, mais le gouvernement fait la sourde oreille. Lors de la prochaine catastrophe, le gouvernement ne pourra plus dire “Je ne savais pas”. Il en porte la responsabilité… Au sein du prochain gouvernement… nous mobiliserons tout le monde. La discrimination fondée sur le sang cessera. »
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett : « Zamir crie maintenant haut et fort ce que je dis depuis deux ans et demi. Un gouvernement qui dépend de Deri et Goldknopf est incapable d’assurer la sécurité de l’État d’Israël et est incapable de gagner. »
« Tsahal s’effondre » – « Le chef d’état-major s’est tenu là et a balancé la vérité crue aux membres du Cabinet » (Amir Shperling, commentateur de premier plan des manifestations de l’opposition) :
Le chef d’état-major entre dans la salle du cabinet. On croirait entendre le début d’une mauvaise blague, mais personne n’a l’intention de rire. Il se tient là, en uniforme, et pose sur la table une pile de papiers… : « Nous nous effondrons. » Pas de métaphores, pas de vidéos truquées avec des slogans du genre « Victoire pour des générations » — juste la dure réalité d’une armée à bout de souffle, à court de pièces détachées et, surtout, à court d’hommes. Les ministres le regardent d’un air absent… Sur les plateaux de la chaîne 14, on vient de diffuser une table ronde où l’on expliquait avec assurance comment nous avons mis tout le monde à genoux. Alors, que leur apporte-t-il maintenant avec cette amère réalité ? Aussitôt, ils le traitent de kaplaniste, de faible, de défaitiste… Ils rédigent déjà sa lettre de licenciement.
Mais la vérité, c’est qu’ils sont furieux contre lui parce qu’il vient de réduire à néant leur alibi pour la prochaine gaffe. Ils savent pertinemment que ce véhicule fonce droit dans le mur, sans freins. Et quand le désastre surviendra — et il surviendra —, Netanyahu et le gouvernement devront faire ce qu’ils répètent depuis des années devant un miroir : trouver un bouc émissaire… « La hiérarchie militaire l’a dissimulé », « Nous avons été pris au dépourvu » — mais lorsque le chef d’état-major se tient là et leur jette la vérité en plein visage… il sabote purement et simplement leur excuse. Il les laisse avec la responsabilité. Et pour ce gouvernement, se retrouver seul face à ses propres responsabilités, c’est la plus grande peur qui soit. Bien plus terrifiante que n’importe quel ennemi.
Nuits blanches à la Knesset : le gouvernement instrumentalise la guerre. « Pillage et passage en force de questions controversées sous couvert d’alarmes et de missiles » (Ben Caspit, Ma’ariv, 24 mars) :
Une nuit blanche vient de s’achever à la Knesset israélienne… Le gouvernement abominable qui a pris le pouvoir en Israël profite de cette terrible guerre… pour poursuivre le pillage, le coup d’État, et faire passer en force, sous couvert d’alarmes et de missiles, toutes les questions controversées qui déchirent la société israélienne et nous mènent au bord du gouffre. Cette coalition d’intérêts, de minorités et de post-sionistes agit ainsi… par effronterie, sans retenue, et parce qu’elle le peut. Et aussi parce que nous ne pouvons plus protester. Nous sommes épuisés par cette longue guerre, nous n’aimons pas manifester en temps de guerre, nous sommes mobilisés, nos entreprises font faillite, nos nuits sont blanches et nos élus sont dépouillés…
La liste des choses autorisées et interdites en temps de guerre : La liste des choses interdites en temps de guerre, selon les quarante bandits qui siègent au gouvernement, est longue : Impossible de créer une commission d’enquête d’État. Impossible d’organiser des élections. Impossible de mobiliser les Haredim. Impossible de mettre la main à la poche et d’aider concrètement les petits commerçants, les indépendants et les réservistes. Et que peut-on faire [en temps de guerre] ? On peut continuer à piller comme d’habitude, on peut continuer les coups d’État comme d’habitude. Pendant la nuit, ils ont travaillé d’arrache-pied à la Knesset. Une loi visant à accroître considérablement les pouvoirs des tribunaux rabbiniques. Une loi visant à diviser et à affaiblir le rôle du procureur général. Une loi sur les communications nord-coréenne. Une loi sur le service national pour les Haredim en remplacement du service militaire… Et une autre loi, tenez-vous bien : des allégements fiscaux massifs pour tous les habitants de Judée-Samarie. Cette loi, relative aux avantages fiscaux, mérite d’être étendue… Smotrich [a cherché à cibler] son électorat (les habitants de Judée-Samarie) et à les exempter d’impôts. Pourquoi eux et les autres habitants de la zone de confrontation ? Tout simplement parce que nous le pouvons. Il s’agit, en apparence, d’une corruption politique. Mais personne ne s’enflamme, car nous vivons au cœur d’une vaste corruption qui ne cesse de s’étendre. Il y a à peine une demi-heure, cinq milliards de shekels ont été transférés aux « fonds de la coalition », et aussitôt après, quelques milliards supplémentaires ont été subtilisés en catimini. Ces fonds étaient destinés à constituer une réserve spéciale pour la guerre, mais exemptés de toute réglementation, afin que les Smotrich, les Deri et les Goldknopf puissent se les partager à leur guise… Une chose est sûre : avec ces cinq milliards de shekels provenant des fonds de la coalition, il aurait été possible de produire environ 750 intercepteurs Arrow 3, les plus coûteux de notre arsenal…
« Nous vivons dans un enfer depuis deux ans et demi » — « Sombre réalité » à la frontière libanaise ; Kiryat Shmona, « la première ville israélienne à s’effondrer » (Ben Caspit, Ma’ariv).
Le maire de Kiryat Shmona, Avichai Stern, et le président du moshav de Margaliot, Eitan Davidi. Deux figures de la droite fières, deux dirigeants régionaux responsables de la sécurité et du bien-être des Israéliens de seconde, voire de troisième classe. Deux hommes filmés cette semaine, livrant des monologues viscéraux, infernaux. Stern s’exprimait lors d’une réunion de maires et de conseils municipaux, en présence de représentants du gouvernement le plus volage de l’histoire israélienne… [C’est] quelqu’un de relativement réservé. Le parti auquel il appartenait [le Likoud] le boycotte… l’ostracise et l’humilie, simplement parce qu’il a osé défier une proche collaboratrice de Mme Netanyahou. Il gère le conflit avec tolérance, s’efforçant de ne pas exagérer les insultes, conscient que s’il va trop loin, il sera anéanti… Cette semaine, il a craqué. À juste titre. Pendant près de cinq minutes, son cri résonne, à pleins poumons, avec toute son âme… La vidéo a enflammé la toile. Voici le texte :
« Nous avons perdu une ville en Israël. C’est la première fois qu’une ville israélienne est évacuée. Aujourd’hui, Kiryat Shmona compte 10 000 habitants. Croyez-vous vraiment qu’ils resteront un mois de plus dans cette situation désespérée ? Pensez-vous qu’ils resteront ici ? Dans un mois, il ne restera plus que dix personnes, celles qui ne peuvent pas partir. Et vous me dites que si nous évacuons, ce sera une victoire pour le Hezbollah ? Écoutez, le Hezbollah décidera qu’il a gagné, quoi qu’il arrive. Sa victoire, ce sera qu’il ne reste plus aucune ville en Israël. Qu’ils évacuent ou non. J’ai 4 700 appartements sans protection, ou presque. Quelle est cette victoire ? Vous n’avez pas assuré leur sécurité jusqu’à présent, alors protégez-les immédiatement. Ne pouvez-vous pas les mettre à l’abri ? On n’envoie pas un soldat au combat sans casque, n’est-ce pas ? Pourquoi exposer un civil en première ligne sans bouclier ? C’est le minimum… » Pour nous assurer la sécurité. Vous avez échoué ! … Voilà comment vivent nos habitants. Savez-vous seulement ce qu’est une frappe de missile ? Avec des enfants à la maison, des personnes handicapées, des personnes âgées, comment voulez-vous que cet homme de 80 ans, touché par un missile la semaine dernière au troisième étage, puisse se mettre à l’abri en dix secondes ? Comment voulez-vous que ce pauvre chauffeur de bus s’arrête, fasse descendre les passagers et se mette en sécurité ? … Si ce bus avait été plein, j’aurais eu un accident impliquant de nombreuses victimes, sans aucune possibilité de secours médical sur place… Dites-moi, êtes-vous normaux ? … Quel genre de citoyens sommes-nous ? Dois-je appeler le Hezbollah pour un cessez-le-feu afin de pouvoir les évacuer par hélicoptère ? Dois-je parler au Hezbollah plutôt qu’à mon pays ?
« Au comble de cette audace, ils prétendent encore que Kiryat Shmona a reçu de l’argent et ne le dépense pas… Quel argent m’est parvenu ? … Il n’y a pas d’argent. Aujourd’hui, 25 % de mes habitants dépendent de l’aide sociale. » Un citoyen sur quatre bénéficie de l’aide sociale, vous comprenez ? C’est la population de la ville…
Eitan Davidi… s’est effondré en direct à la télévision… Davidi est un homme fort. Il ne cède pas facilement. Mais ses forces l’ont abandonné. Ses cris résonnaient dans toutes les maisons… À un moment donné, il s’est mis à pleurer. Les larmes coulaient à flots. « Vous avez détruit Kiryat Shmona, vous avez détruit les colonies le long de la barrière, vous avez tout détruit ! ! !… Combien de salves ? ? ? », s’est-il écrié. « Nous nous battons pour nos maisons ! ! ! Nous faisons tout notre possible. Mais aucun pays ne nous soutient. Pour réussir, il faut un pays, on ne peut pas y arriver seul… Que faites-vous, Seigneur du monde, que faites-vous ? ? ? ! ! ! Soit vous admettez que vous êtes incapable de gérer ces incidents et vous nous libérez, soit vous faites ce qu’il faut… J’ai crié de toutes mes forces partout où je le pouvais… et aujourd’hui, au lieu d’un mariage, nous avons des funérailles. »
Israël est tombé entre les mains d’un gouvernement imprudent, sans scrupules et sans vergogne. Ils se sont octroyé 5 milliards de shekels sous forme de « fonds de coalition », alors que nous sommes plongés dans un véritable enfer depuis deux ans et demi. Avec cet argent, on aurait pu protéger le nord et le sud du pays. Avec cet argent, on aurait pu acheter près de mille missiles Arrow 3… Netanyahu lui-même, l’un des plus grands paranoïaques qui soit passé par ici, se promène avec une cellule de protection. C’est un fait. Il est arrivé avec à Dimona, et peut-être aussi à Arad… Il est reparti avec elle dans un camion… alors qu’une part importante de la population n’a nulle part où se réfugier en cas d’alerte. Deux semaines avant la précédente attaque contre l’Iran, il a reçu un rapport alarmant du Contrôleur d’État indiquant que des millions d’Israéliens ne bénéficient pas d’une protection suffisante, voire d’aucune protection du tout… Ce rapport a été étouffé. Car Netanyahu ne s’intéresse qu’à lui-même…
Le gouvernement actuel… a réduit le budget de la défense du Nord de 500 millions de shekels cette année à 100 millions. Pourquoi ? Parce qu’ils ne se soucient ni du Nord ni du Sud. Qu’est-ce qui les intéresse, alors ? …Netanyahu souhaite rester Premier ministre, démanteler le système judiciaire, annuler le procès et satisfaire Sara – dans l’ordre inverse. Smotrich ne s’intéresse qu’à la Judée-Samarie. Les Haredim souhaitent éviter l’enrôlement militaire et continuer à s’approprier des milliards. Une coalition destructrice composée de personnes dépravées.
La demande d’annulation du procès formulée par Netanyahu entre dans sa phase la plus cruciale ; le département des grâces du ministère de la Justice s’y oppose (Anna Barsky, Ma’ariv) :
Le ministre Amichai Eliyahu a soumis au président Herzog une recommandation favorable à la grâce de Netanyahu, en contradiction flagrante avec la position des experts du ministère de la Justice. Concrètement, cela signifie que la demande de grâce de Netanyahu entre dans une phase cruciale pour la présidence. Officiellement, la position des experts du ministère de la Justice, et notamment du département des grâces, est connue : la demande est rejetée. Selon cet avis, la requête de Netanyahu est « sans précédent et extrêmement inhabituelle », et il est difficile de recommander au président d’exercer son pouvoir de grâce en suspendant les poursuites pénales engagées contre lui, avant même une décision de justice. Ce même avis souligne également que Netanyahu n’a ni reconnu les faits qui lui étaient reprochés ni exprimé de remords – deux éléments qui, selon la pratique établie en matière de grâce, ont un poids considérable. Herzog n’est pas encore tenu de prendre une décision définitive, mais le dossier est de plus en plus tranché. Sauf circonstances exceptionnelles, la prochaine étape reviendra au Président lui-même… Si Herzog décide finalement d’accéder à la demande, il devra expliquer comment une telle décision est compatible avec le fait que le procès est toujours en cours et avec l’opposition professionnelle annoncée. S’il la rejette, il s’expose à une attaque politique de la part de Netanyahu et de ses partisans, qui l’accuseront d’avoir laissé passer l’occasion de mettre un terme à une affaire qui a ébranlé le système public pendant des années. Quoi qu’il en soit, la décision, lorsqu’elle sera prise, ne sera pas perçue uniquement comme une décision personnelle dans l’affaire Netanyahu, mais comme une prise de principe sur des questions d’État de droit, de relations entre les autorités et de statut de la présidence, à l’un des moments les plus tendus de la vie politique israélienne de ces dernières années.
Ben Caspit : « Des milliers de colons violents, munis d’un “permis de tuer” délivré par les autorités, sèment le chaos et provoquent une guerre sans fin. »
Ils avaient l’habitude d’arriver en pleine nuit. Se faufilant en secret. Ils maintiennent une stricte compartimentation. Ils ne laissent aucune trace, ne font aucun bruit, disparaissent comme ils sont venus, immédiatement après avoir lancé un cocktail Molotov dans une maison de village, incendié une voiture ou déversé leur colère dans une oliveraie. Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Ils arrivent en grands groupes organisés, parfois des dizaines de personnes masquées, ils ne se cachent pas, ils ne se dissimulent pas, ils ne chuchotent pas mais hurlent. Ils arrivent la tête haute, armés de gourdins et autres armes, ils arrivent comme des émeutiers autorisés, sans ménagement, avec autorité et assurance. Ils arrivent, brûlent, détruisent, fracassent, parfois même des crânes – pas seulement ceux d’Arabes – et prennent des photos. Puis ces vidéos [voir un exemple ici] sont mises en ligne sur leurs chaînes, avec une musique de fond joyeuse…
Ils se vantent d’émeutes, d’incendies criminels, de passages à tabac et de saccages. Ils font tout avec défi, comme s’ils étaient munis d’un « permis de tuer » délivré par les autorités. La vérité, c’est qu’ils en sont réellement munis. Les autorités, ce sont une armée hésitante, une police inexistante et le Shin Bet qui se perd dans les méandres de l’action. Tôt ou tard, tout cela va nous exploser à la figure et bouleverser notre monde. Les colons eux-mêmes en subiront les conséquences les plus graves. La grande majorité des colons d’Ofra, d’Efrat, de Gush Etzion et de dizaines d’autres communautés où vivent des gens honnêtes, respectueux des lois et des hommes d’État. Quand le feu se déclarera et consumera tout sur son passage, ce seront eux les premiers à en payer le prix. Les émeutiers, dont le nombre est passé de quelques dizaines à plusieurs centaines, soutenus par des milliers de personnes, le souhaitent. Ils aspirent au chaos, à la guerre de Gog et Magog, suivie du déluge, puis du Messie, et enfin de la construction du Temple. Peu importe ce qui arrivera en premier.
Hormis une poignée de militants d’extrême gauche, récemment devenus des cibles légitimes d’attaques brutales… Personne ne s’en soucie. Nous avançons au rythme des alarmes des missiles à fragmentation, des lancements depuis le Liban et de la situation à Gaza, sans réaliser que les véritables portes de l’enfer nous attendent… en Judée-Samarie. Regarder les vidéos qu’ils diffusent eux-mêmes est terrifiant… « Ce phénomène », déclare une source sécuritaire de haut rang, « est en train de changer sous nos yeux. Ce qui était autrefois le domaine de quelques dizaines est maintenant perpétré par des centaines, avec le soutien de milliers. C’est un test dramatique qui déterminera si nous deviendrons le Far West, un État sans loi ni justice, ou si nous ferons preuve de gouvernance. Si cette affaire n’est pas immédiatement réprimée et stoppée, la détérioration sera rapide et irréversible. Et elle ne restera pas cantonnée aux montagnes. Elle atteindra aussi… Tel Aviv, et se répandra dans le monde entier, consumant le reste de notre légitimité. »
« Que sommes-nous devenus ? » ; « Sommes-nous devenus la plus vile des nations ? » — L’appel d’un rabbin sioniste religieux suite à des violences sexuelles sadiques perpétrées par des colons (Judy Maltz, Haaretz) :
La semaine dernière, le rabbin Yehuda Gilad, figure importante du mouvement sioniste religieux, s’est rendu dans un village bédouin palestinien du nord de la vallée du Jourdain, souvent pris pour cible par les colons de Cisjordanie, afin de recueillir les témoignages des victimes d’un incident horrible survenu la semaine précédente. Profondément bouleversé par ce qu’il a vu et entendu, le rabbin a écrit sur la page Facebook de sa yeshiva : « Sommes-nous devenus la plus vile des nations ? » Un groupe de 30 à 40 colons, a-t-il écrit, a envahi le village en pleine nuit. Ils ont ligoté les hommes et les ont sauvagement battus, puis ont volé leur troupeau de 300 moutons. L’une des victimes avait révélé, « avec une profonde honte », les détails horribles des sévices physiques et sexuels qu’elle avait subis. En introduction au témoignage de cet homme, Gilad écrivait : « … Mes mains tremblent quand j’écris cela à propos des Juifs… ». Les colons, racontait le rabbin, avaient ligoté les parties génitales de l’homme avec un collier de serrage et forcé sa famille à assister à la scène. [Le rabbin Gilad écrivait :] … « Tout ce que je peux faire, c’est crier. Hélas, que sommes-nous devenus ? » Armée israélienne contre milices juives et terrorisme juif en Cisjordanie (Nahum Barnea, Yedioth Ahoronot) :
Ce qui avait commencé par la promesse d’une victoire éclatante et immédiate s’est peu à peu mué en promesse d’un long chemin… Netanyahu ne cesse de nous répéter que nous avons franchi un cap : nous étions une puissance régionale et nous sommes désormais une puissance mondiale… Je n’ai peur ni de l’Iran, ni d’un long chemin à parcourir. Ce sont les dirigeants mégalomanes et narcissiques, assoiffés de gloire jusqu’à l’épuisement, qui m’effraient. Je n’ai aucune confiance en leur jugement… Israël est actuellement engagé dans une guerre sur quatre fronts… En Iran, au Liban et à Gaza, l’issue reste floue… Le quatrième front, la Cisjordanie, est relégué au second plan, mais la situation y est bien plus complexe que ce que les gros titres laissent entendre. [La semaine dernière], le chef d’état-major y a été convoqué – un événement inhabituel en pleine guerre. Netanyahu a [lui aussi] été convoqué à une réunion à huis clos avec les commandants militaires de la région… Si je ne m’abuse, Katz et Ben Gvir ont également été invités. La question brûlante était celle des Juifs, et non celle des Arabes : Tsahal contre les milices juives. Le terrorisme juif en Cisjordanie, perpétré par les groupes se faisant appeler les Jeunes des Collines, n’est pas un phénomène nouveau. La panique est liée au malaise qui règne parmi les commandants sur le terrain. Netanyahu a été appelé à calmer les esprits… Les officiers et soldats de Tsahal, qui ont combattu sans relâche à Gaza, tirant, tuant et étant expulsés, deviennent la risée de tous lorsqu’ils arrivent en Judée-Samarie. Des émeutiers, en uniforme ou non, leur jettent des pierres, incendient leurs véhicules, leur crachent au visage, blessent et tuent des Palestiniens innocents – et ils sont impuissants.
Lorsque Netanyahu a confié la police à Ben Gvir, l’administration civile à Smotrich et les colonies au ministre Strok, il était clair que l’explosion était inévitable. La nomination d’Yisrael Katz au poste de ministre de la Défense a porté le coup de grâce : les milices kahanistes ont reçu la protection de l’État ; Tsahal et le Shin Bet ont été privés des moyens de les contenir. Non seulement les officiers opposés à l’occupation étaient exaspérés, mais les responsables religieux l’étaient tout autant… Ils s’accrochent à l’idée qu’il ne s’agit que de quelques centaines de criminels, rien de plus, que l’immense majorité des résidents juifs [en Cisjordanie] s’oppose au terrorisme juif, que le phénomène peut être endigué… Cette affirmation n’est que partiellement vraie. Leur problème n’est pas le jeune homme qui les manipule, mais le ministre qui leur a fourni armes, argent et manuel. Les émeutiers qui sortent la nuit pour s’en prendre à l’armée, incendier des maisons palestiniennes, expulser les troupeaux… sont persuadés d’agir avec l’autorisation et l’autorité de l’État. Et ils ont raison. Constat : personne ne les punit. Le chef d’état-major de Tsahal s’est rendu sur le terrain et a apporté son soutien aux commandants. Le commandant a écrit une lettre aux responsables des colons. Mais ils sont livrés à eux-mêmes : ce week-end-là, plus de vingt attentats terroristes juifs ont été commis… Si certains au sein de l’armée espéraient un soutien public du Premier ministre et du ministre de la Défense, ils se trompaient.
Disputes ethniques — Le chef de cabinet par intérim de Netanyahu démissionne après des propos racistes ; son prédécesseur accusé de corruption (Haaretz) :
Selon un reportage de la chaîne 12, Ziv Agmon, qui a pris la relève au poste de chef de cabinet par intérim de Netanyahu suite aux accusations de corruption portées contre son prédécesseur, a tenu des propos désobligeants à huis clos à l’encontre de membres de son propre parti. « Ce n’est pas bon que le Maroc se soit ouvert au tourisme israélien – maintenant on sait d’où viennent nos Marocains : d’Afrique. Un babouin est un singe », aurait-il déclaré. « … Quelle bande de babouins. Dommage qu’on ne puisse pas réserver toute la liste et supprimer les primaires », aurait-il ajouté… Agmon, considéré comme proche de Sara Netanyahu, aurait également tenu des propos dénigrants à son égard. « Ces stupides députées comprennent que seule la flatterie fonctionne avec Sara… », aurait-il dit. Agmon affirme que les propos qui lui sont attribués… ont été tenus avant sa nomination au cabinet du Premier ministre et ont été sortis de leur contexte. Il a ajouté avoir décidé de démissionner car les articles avaient suscité des « discours clivants » à son sujet… Avant d’annoncer sa démission [cette semaine], Agmon a déclaré : « Je n’ai pas l’intention de répondre à toutes les déclarations odieuses qui me sont attribuées ce soir [mardi], mais il y a une chose que je ne peux pas laisser passer sous silence. Quiconque me connaît… sait pertinemment que les propos qui me sont attribués concernant les communautés mizrahi me sont totalement étrangers – notamment parce qu’une grande partie de ma famille est d’origine mizrahi et marocaine. J’ai été victime d’une grave injustice. »
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Traduit par Brahim Madaci





