Quatre mythes déconstruits par les guerres israéliennes contre l’Iran
Les guerres de 2025 et 2026 ont remis en question des idées reçues sur la sécurité au Moyen-Orient. Pendant des décennies, les acteurs régionaux ont bâti leurs stratégies sur des hypothèses rarement mises à l’épreuve. Lorsque la guerre a finalement éclaté, ces doctrines se sont heurtées à la réalité. Il ne s’agissait pas simplement d’un point de vue, mais de l’effondrement de plusieurs principes fondamentaux qui avaient guidé la politique dans toute la région. Quatre des mythes les plus importants ont désormais volé en éclats.
Amwaj
Mythe n° 1 : Les accords d’Abraham comme architecture de sécurité
Lorsque les Émirats arabes unis et Bahreïn ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020, les accords d’Abraham ont été présentés comme le fondement d’un nouvel ordre de sécurité régional. Israël était dépeint comme un rempart stratégique pour ses nouveaux partenaires du Golfe contre un prétendu expansionnisme iranien. Autrement dit, les accords d’Abraham étaient censés renforcer la sécurité des signataires, dissuader l’Iran et stabiliser la région. Les guerres de 2025-2026 ont déconstruit ce discours. Au lieu d’offrir une protection, les accords ont accru l’exposition aux troubles. Pour Téhéran, les pays alignés sur Israël sont considérés comme des extensions de la puissance israélienne dans la région. Cette perception les a désignés comme cibles lors des escalades, comme le suggèrent les données de ciblage. La seule exception notable est le Koweït, qui s’est opposé à la normalisation avec Israël et a pourtant été plus durement touché par l’Iran que Bahreïn durant la guerre actuelle.
Plus important encore, Israël a peiné à empêcher les attaques sur son propre territoire. Un partenaire qui semble incapable de garantir sa propre sécurité peut difficilement servir de bouclier stratégique aux autres. Lors de conflits successifs, les opérations israéliennes ont également risqué d’entraîner les acteurs régionaux dans des confrontations présentées comme des obligations défensives.
Pour les États concernés, la normalisation a également eu un coût politique. Dans une grande partie du monde arabe, le prix à payer en termes de réputation a été considérable, notamment lors des périodes de conflit intense liées à la guerre israélienne contre Gaza, le Liban, la nouvelle Syrie et, plus récemment, l’Iran. L’architecture de sécurité promise ne s’est jamais concrétisée. Ce qui est apparu en revanche, c’est la réalité que l’association avec Israël pouvait engendrer un risque stratégique supplémentaire plutôt qu’une dissuasion.
Mythe n° 2 : Les bases militaires américaines, gage de sécurité
Pendant près de trente ans, les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont investi massivement dans l’accueil et l’expansion des infrastructures militaires américaines. Ces installations étaient largement perçues comme l’incarnation physique du partenariat de sécurité entre les États-Unis et les pays du Golfe. La logique était simple : en accueillant d’importantes bases américaines, les États arabes du Golfe s’assureraient de facto la présence des États-Unis à leurs côtés pour défendre leurs intérêts. La présence des forces américaines était censée dissuader les menaces majeures, notamment celles venant d’Iran et, avant 2003, d’Irak.

La réalité s’est avérée plus complexe. Au cours de la dernière décennie, et plus particulièrement pendant le blocus du Qatar (2017-2021), l’escalade des tensions entre l’Iran et les États-Unis dans le Golfe en 2019 et les guerres israéliennes contre Gaza et l’Iran, les bases américaines implantées dans les pays du CCG n’ont pas assuré la protection escomptée. Elles n’ont ni empêché les attaques ni garanti une intervention américaine rapide.
Autrement dit, ces bases, conçues pour défendre les pays hôtes, ont au contraire besoin d’être défendues. En conséquence, suite à la guerre actuelle entre l’Iran, Israël et les États-Unis, d’importantes discussions internes devraient avoir lieu dans les pays du Golfe concernant la viabilité à long terme du modèle d’accueil actuel. La question n’est plus de savoir si les bases américaines contribuent à la sécurité, mais si leurs avantages – s’il y en a – l’emportent sur les risques.
Mythe n° 3 : La médiation comme bouclier
Les petits États du CCG ont également développé une autre doctrine de survie : la neutralité active. Des pays comme Oman et le Qatar se sont forgé une réputation de médiateurs capables de dialoguer avec toutes les parties. En facilitant le dialogue et en servant de canaux diplomatiques parallèles, ils espéraient se prémunir contre les conflits régionaux. Selon cette théorie, l’utilité engendrerait la protection. Si chaque acteur valorisait le rôle d’un médiateur, aucun ne prendrait le risque de le saper, ce qui offrait une forme d’immunité et de sécurité.
Les guerres récentes ont également détruit ce mythe. Pendant la guerre de Gaza, le Qatar est finalement devenu la cible de frappes de missiles iraniennes et israéliennes – les acteurs mêmes dont il tentait d’apaiser les tensions. Doha a également été prise pour cible par l’Iran durant la guerre qui oppose Téhéran à Israël.
Oman a subi un choc similaire. Longtemps considérée comme l’interlocuteur arabe le plus fiable de l’Iran et un pont diplomatique de confiance avec Washington, Mascate a également été secouée par des frappes iraniennes ces dernières semaines. Le message était clair : en période de conflit intense, la neutralité n’offre qu’une protection minime, voire nulle.
Le Qatar et Oman ont tous deux payé un lourd tribut pour maintenir une relation équilibrée avec l’Iran ces dernières décennies. Le fait d’être pris pour cible malgré ces relations rend le retour au modèle précédent beaucoup plus difficile. Après la guerre actuelle, les deux États arabes du Golfe devraient réexaminer leur modèle de médiation et se demander si celle-ci peut encore constituer un pilier viable de la sécurité nationale en période d’escalade.
Mythe n° 4 : Défense unifiée du CCG
L’idée d’une défense collective entre les États membres du CCG circule depuis des décennies, mais l’intégration réelle des forces armées demeure limitée. Le blocus du Qatar de 2017-2021 a révélé la fragilité du concept d’unité du Golfe. Les guerres de 2025-2026 ont relancé l’appel à une défense collective, notamment au vu des performances remarquables des défenses aériennes du Golfe.
Cependant, d’importants obstacles structurels persistent. L’intégration du commandement est faible, la coordination opérationnelle très limitée et la coordination des capacités offensives collectives est inexistante. Il est peu probable que ces limitations soient résolues dans un avenir proche. Une alternative transitoire potentielle et plus viable pourrait émerger : un modèle d’alliance plus large intégrant la Turquie et le Pakistan aux côtés des États du CCG.
Les événements survenus pendant la guerre actuelle donnent un aperçu du fonctionnement possible d’un tel arrangement. L’Iran a tiré plusieurs missiles vers la Turquie, mais a rapidement nié toute responsabilité après les menaces de représailles d’Ankara. Parallèlement, le Pakistan a fait savoir à Téhéran, en privé, que ses accords de défense avec l’Arabie saoudite prévoyaient une intervention si le Royaume était confronté à une attaque majeure. De tels signaux semblent avoir influencé les décisions de ciblage iraniennes. En définitive, ils suggèrent que des dynamiques de coalition plus larges pourraient offrir une dissuasion que les structures intra-Golfe ne peuvent assurer.
Amwaj
https://amwaj.media/en/article/five-myths-destroyed-by-israels-wars-on-iran
Traduit par Brahim Madaci





