La guerre contre l’Iran pourrait entraîner l’effondrement des États-Unis dans les six prochains mois.
Un article intéressant sur les conséquences économiques de la guerre américano-sioniste menée contre l’Iran.
L’auteur développe un aspect souvent négligé par les médias, celui des effets de la fermeture du détroit d’Ormuz sur la sécurité alimentaire. En partie parce que le renchérissement des prix du pétrole a un effet sur les coûts de production et de transport des produits alimentaires mais aussi et surtout parce que la région du golfe arabo-persique fournit près du tiers des engrais azotés dont l’agriculture mondiale a besoin.
La hausse des cours et la raréfaction des engrais n’aura pas seulement un effet sur les coûts de production mais sur les quantités récoltées et donc sur le coût et la disponibilité des produits alimentaires de base.
L’auteur parle de risques graves pour la cohésion sociale des États Unis dans le contexte d’une administration qui a choisi de réduire drastiquement les budgets et les moyens consacrés à ce qu’on peut appeler la solidarité nationale, c’est-à-dire l’aide aux démunis et aux précaires.
A l’appui de ses arguments, l’auteur cite deux exemples de pays qu’il oppose quant à leurs réactions faces à la hausse des prix alimentaires, le Maroc et la Syrie : le Maroc avait adopté une politique de subventions, d’allocations aux ménages et de réformes politiques, ce que n’avais pas fait la Syrie. L’auteur oublie cependant de rappeler que la Syrie de 2011 avait connu une sécheresse historique et qu’elle était sous sanctions depuis des années sans parler d’un état de guerre permanent avec l’entité sioniste.
Sans nier les risques pour les Etats-Unis, ces risques me semblent bien plus importants pour des pays connaissant déjà une insécurité alimentaire chronique. Tout ça pour l’entité sioniste !
Par Christopher Armitage*
47 900 000 Américains sont déjà en situation d’insécurité alimentaire et notre chaîne d’approvisionnement alimentaire est menacée d’une manière inédite.
L’an dernier, 47,9 millions d’Américains ont souffert de la faim. Le ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA) considère qu’un ménage est en situation d’insécurité alimentaire lorsque ses membres n’ont pas un accès régulier à une alimentation suffisante. Dans 7,2 millions de ces ménages, une personne a sauté un repas complet ou a passé une journée entière sans manger faute d’argent. Parmi ces personnes, 14 millions étaient des enfants.
Le 28 février, les États-Unis et Israël ont bombardé l’Iran.
En moins de 48 heures, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, un passage de 34 kilomètres de large entre l’Iran et Oman par lequel transite chaque jour 20 % du pétrole mondial. Un tiers des engrais mondiaux empruntent également ce détroit². Or, la livraison était impérative ce mois-ci. La période des semis étant cruciale, une livraison dans les délais est absolument essentielle.
Voici l’effet de l’azote sur le maïs. Apporté au bon moment de son cycle de croissance, il stimule la production de grains. Si la dose est réduite de moitié, vous n’obtenez pas la moitié de la récolte. Le maïs, à court d’azote en milieu de croissance, cesse alors de produire. Les agriculteurs de l’hémisphère Nord achètent actuellement leurs engrais azotés, en prévision des semis de printemps. Les navires transportant cet azote sont ancrés du mauvais côté d’un détroit fermé ou doivent contourner la pointe sud de l’Afrique, ce qui allonge les délais de livraison de plusieurs semaines et engendre des coûts en carburant supplémentaires de près d’un million de dollars par voyage.
L’urée, l’engrais azoté le plus commercialisé, coûtait 475 dollars la tonne métrique au port de la Nouvelle-Orléans la semaine précédant le début de la guerre. Son prix atteignait 683 dollars la semaine suivante. Cela représente une hausse de 44 % en sept jours. L’American Farm Bureau, qui n’a pas l’habitude d’employer un langage alarmiste, a qualifié la situation de « double coup dur » et a averti que si les agriculteurs ne pouvaient pas se procurer d’engrais à temps, on observerait une réduction des surfaces cultivées et une baisse des rendements dans tout le pays.
Il n’existe pas de réserve stratégique pour les engrais. Les États-Unis disposent d’une réserve stratégique de pétrole. Il n’y a pas d’équivalent pour l’azote. Lorsque l’approvisionnement vient à manquer, les agriculteurs absorbent la hausse des prix, réduisent les quantités utilisées ou changent de culture. La récolte d’automne permet de compenser ces pertes.
En 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a perturbé les exportations de céréales de l’une des plus grandes régions productrices de blé au monde. Cette perturbation, qui a touché directement les céréales plutôt que les intrants nécessaires à leur culture, a entraîné une hausse des prix des produits alimentaires de 13,5 % à son apogée aux États-Unis. Le pain a augmenté de 13 %, les produits laitiers de 12 % et la viande de 10 %. Le responsable de la recherche énergétique chez MST Marquee a qualifié la perturbation actuelle de trois fois plus grave que l’embargo pétrolier arabe de 1973. L’embargo de 1973 avait réduit l’approvisionnement mondial en pétrole de 5 %. Celui-ci en réduit l’approvisionnement de 20 % en fermant complètement le détroit d’Ormuz, et ce, tout en coupant simultanément l’approvisionnement en engrais pour les semis de printemps, au moment même où l’aide alimentaire américaine subit les coupes les plus drastiques de son histoire.
Simon Johnson, économiste au MIT et lauréat du prix Nobel 2024, l’a dit clairement : « Il n’existe aucune capacité excédentaire dans le monde qui puisse combler ce manque. » Maurice Obstfeld, ancien économiste en chef du Fonds Monétaire International, a déclaré que les effets seraient les plus dévastateurs dans les pays à faible revenu où la productivité agricole est déjà mise à rude épreuve, et que l’ajout de ce coût supplémentaire fait craindre « des pénuries alimentaires importantes ».
On ne connaît pas le nombre exact d’Américains en situation d’insécurité alimentaire actuellement. Le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) publiait son rapport annuel sur la sécurité alimentaire chaque année depuis trente ans. En septembre 2025, l’administration a cessé de le publier. Le dernier chiffre officiel, 47,9 millions, décrit la situation en 2024. C’était avant que les nouvelles exigences de travail pour bénéficier du programme SNAP [bons alimentaires, NdT] n’entraînent l’exclusion de certains bénéficiaires. Avant que les coupes budgétaires les plus drastiques jamais imposées à l’aide alimentaire ne soient approuvées par le Congrès. Avant même que la première bombe ne soit tombée [sur l’Iran].
Le Centre d’analyse de la demande alimentaire et de la durabilité de l’Université Purdue a mené sa propre enquête en novembre 2025. Celle-ci a révélé que 16 % de la population, soit environ 54 millions de personnes, était en situation d’insécurité alimentaire. C’est sur ce chiffre que nous nous basons. Par ailleurs, 2,4 millions de personnes bénéficiant actuellement du programme SNAP devraient en être exclues complètement en 2026.
Lorsque les prix des denrées alimentaires augmentent, l’insécurité alimentaire augmente de façon prévisible. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) a démontré qu’une hausse de 10 % des prix alimentaires entraîne une augmentation de 3,5 points du pourcentage de l’insécurité alimentaire.¹⁵ Au Royaume-Uni, entre 2022 et 2023, l’inflation des prix des produits alimentaires a atteint 19 %. En un an, 2,5 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans l’insécurité alimentaire et la distribution de colis de nourriture par les banques alimentaires a augmenté de 37 %. Aux États-Unis, en 2008, une inflation des prix des produits alimentaires de 6,6 % a plongé 4,1 millions d’Américains supplémentaires dans l’insécurité alimentaire et le nombre de bénéficiaires du programme SNAP a bondi de 57 %, passant de 25,7 millions à 40,3 millions de personnes. Nous prévoyons une inflation des prix alimentaires d’au moins 20 %. Nous partons d’une situation de base où 54 millions de personnes ne peuvent déjà pas se nourrir correctement. Et nous diminuons les aides sociales au lieu de les renforcer. Selon les données internationales, le nombre d’Américains en situation d’insécurité alimentaire, dans ces conditions, se situe entre 75 et 90 millions.
Les recherches classiques sur les chocs alimentaires et la stabilité politique concluent que les pays à revenu élevé ne subissent pas de déstabilisation en raison des fluctuations des prix alimentaires. Le Fonds Monétaire International n’a constaté aucun effet significatif sur les institutions démocratiques des pays riches lors de la flambée des prix alimentaires. Ce constat a été présenté comme rassurant. À tort. Il décrit un comportement gouvernemental, et non une réalité géographique.
En 2011, les prix alimentaires ont flambé en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Le Maroc et la Syrie en ont tous deux subi les conséquences. Le gouvernement marocain a réagi immédiatement par des réformes constitutionnelles, l’augmentation des subventions et des transferts monétaires directs aux familles qui ne pouvaient absorber la hausse des prix. Le pays s’est stabilisé. Le gouvernement syrien, quant à lui, n’a pas réagi. S’en est suivie une guerre civile qui a fait un demi-million de morts et déplacé la moitié de la population. Le choc alimentaire était le même. La différence a résidé dans la réaction des gouvernements.
Une analyse de 60 études évaluées par des pairs a révélé que les chocs sur les prix alimentaires engendrent une instabilité politique lorsqu’ils s’ajoutent à une situation de détresse économique, à des griefs préexistants et à une érosion de la confiance dans les institutions. Une hausse d’un seul écart-type des prix alimentaires nationaux augmente de 75 % le risque de troubles civils. La conclusion rassurante du FMI supposait un pays capable et désireux de soutenir sa population en cas de difficultés. Or, nous avons abordé cette période avec une dette publique supérieure au PIB, une inflation déjà supérieure à l’objectif de la Réserve fédérale, une crise du logement et un gouvernement qui réduisait activement les aides alimentaires. Les recherches partaient du principe que le pays disposait d’une marge de manœuvre. Cette marge a été épuisée.
Le Congrès a voté les coupes les plus drastiques jamais imposées au programme SNAP. L’administration a annulé le seul rapport fédéral qui aurait permis d’évaluer les dégâts. Un responsable de l’administration a qualifié de « scandaleuse » l’inquiétude suscitée par l’insécurité alimentaire. Puis, le 28 février, le couperet est tombé. Les prix des produits alimentaires sont restés inchangés.
Voici à quoi ressemblait le pays la veille de leur action.
En janvier 2024, 771 480 personnes ont dormi dans la rue ou dans un refuge pour au moins une nuitée. Il s’agit du chiffre le plus élevé jamais enregistré. Parmi elles, 150 000 étaient des enfants.
Il manque 7,1 millions de logements à loyers modérés dans ce pays par rapport au nombre de personnes qui en ont besoin. Près des deux tiers des locataires en âge de travailler ne peuvent plus se nourrir et se soigner après avoir payé leur loyer.
En novembre 2025, 9,3 millions d’Américains occupaient plus d’un emploi, un chiffre record depuis 25 ans. La moitié d’entre eux sont titulaires d’un diplôme universitaire.
Un Américain sur trois a renoncé à des soins médicaux ou les a reportés au cours de l’année écoulée faute de moyens. Actuellement, 20 millions de personnes sont endettées pour des frais médicaux.
Les ménages américains sont endettés à hauteur de 18 800 milliards de dollars. Plus de la moitié des détenteurs de cartes de crédit utilisent leur solde pour couvrir les courses et les factures, et non pour partir en vacances.
8 % de la population active est sous-employée. Cela signifie que des millions de personnes souhaitent un emploi à temps plein et n’en trouvent pas, ou occupent des emplois qui ne leur permettent pas de gagner suffisamment.
La fonction publique fédérale a perdu 330 000 postes depuis octobre 2024. Il s’agit des personnes chargées de gérer les programmes qui assurent la cohésion de l’ensemble du système.
Chacun de ces chiffres s’aggrave lorsque le prix des produits alimentaires augmente de 15 %. La famille qui peinait à payer son loyer n’y parvient plus. La personne qui contracte des dettes médicales avec la carte de crédit avec laquelle elle fait ses courses a désormais moins accès au crédit et les prix augmentent. Le travailleur sous-employé qui avait besoin d’un emploi à temps plein se retrouve face à un marché du travail en contraction sous la pression inflationniste. Ces crises ne sont pas isolées ; elles s’alimentent mutuellement, simultanément, sous l’effet d’un même choc.
Quatre jours avant les premiers bombardements, un nouveau droit de douane de 10 % sur la plupart des importations en provenance de tous les pays est entré en vigueur. L’acier et l’aluminium étaient déjà soumis à des droits de douane pouvant atteindre 50 %. Les produits chinois étaient soumis à des droits de douane allant de 7,5 % à 100 % selon leur nature.
Au départ, 47,9 millions de personnes n’avaient pas accès à une alimentation suffisante. C’était avant les droits de douane. Avant les coupes budgétaires dans le programme SNAP. Avant la fermeture du détroit, l’arrêt de la navigation et la nécessité pour les agriculteurs d’adapter leurs plantations en temps réel.
Onze jours se sont écoulés. La période des semailles vient à peine de commencer. Les navires sont toujours au mouillage. Six mois comme ça, peut-être moins, et nous assisterons à l’effondrement total des États-Unis.
Voici une métaphore pour mieux illustrer la situation.
Le navire était percé de trous. Ils ont renvoyé l’équipe de maintenance. Les canots de sauvetage ont ensuite été incendiés. Et puis, ils ont foncé sur un iceberg. À pleine vitesse.
Par Christopher Armitage
*Christopher Armitage est un ancien officier de l’US Air Force qui exerce aujourd’hui comme consultant en matière de sécurité et de maintien de l’ordre.
Traduit et commenté par Al Djazaïri





