ISRAËL ET LA COURSE VERS L’ABÎME
Avertissements alarmistes des hauts responsables de la sécurité israélienne : « Échec stratégique », « Erreurs stratégiques », « La réouverture du détroit d’Ormuz est une illusion militaire », « L’effondrement de Tsahal signifie l’effondrement d’Israël »
Compilation par le Forum des conflits des points de vue stratégiques et importants de commentateurs israéliens de premier plan (traduits de la presse hébraïque), 1er avril 2026
CONFLICTS FORUM
« Attaquer l’île de Kharg et South Pars » : Netanyahu fait pression sur Trump pour une « opération terrestre courte et puissante » avant « des négociations et un cessez-le-feu » /
Danny Citrinowicz, ancien haut responsable du renseignement de la défense israélienne :
• « Échecs stratégiques de la guerre », « Les contours d’un scénario de sortie potentiel se dessinent déjà ».
• « Israël n’enverra pas de troupes au sol, mais soutient fermement l’armée américaine si l’administration Trump décide d’attaquer »
Ancien médiateur de Tsahal (à la retraite) Général Yitzhak Brik : « La dure réalité, c’est que Tsahal s’effondre sur lui-même » ; « L’effondrement de Tsahal, c’est l’effondrement d’Israël ».
L’ancien chef du Conseil de sécurité nationale, Giora Eiland, met en garde contre les « erreurs stratégiques » : « Surdéploiement de Tsahal » ; « Erreurs stratégiques au Liban ».
Alon Ben David : « Trump apprend à ses dépens que les Iraniens ne sont pas des magnats de l’immobilier new-yorkais qui cèdent sous la menace ».
Ofer Shelah : Israël s’enlise à nouveau au Liban alors qu’un nouveau plan de « zone de sécurité » se dessine.
[Ces compilations sont issues d’analyses et de commentaires de spécialistes israéliens de premier plan en matière de politique, de sécurité et de renseignement, publiés dans la presse hébraïque. Les articles en hébreu offrent souvent une perspective différente sur le discours interne israélien. Quelques modifications mineures ont été apportées pour plus de clarté.]ÉVOLUTIONS STRATÉGIQUES OBSERVATIONS IMPORTANTES
« ATTAQUER L’ÎLE DE KHARG ET SOUTH PARS » — Netanyahu fait pression sur Trump pour une opération terrestre courte et d’envergure avant les négociations et le cessez-le-feu ; un accord américano-iranien constituerait une victoire sans précédent pour les ayatollahs (Ben Caspit, Ma’ariv) :
Craignant que Washington n’entame des négociations avec l’Iran avant que ses capacités militaires ne soient complètement démantelées, Israël fait pression sur l’administration Trump pour qu’elle mène une opération courte et intense, pouvant inclure des forces terrestres… Dans une interview [du 30 mars], [Netanyahu] a exhorté Trump à ne pas tenir compte des signes indiquant que la plupart des Américains s’opposent à la guerre. « Je ne dis pas qu’en tant que responsables politiques, nous devons ignorer les sondages… Si c’est le seul critère qui détermine votre ligne de conduite, vous n’êtes pas un leader, vous êtes un suiveur »… Les responsables israéliens pensent que [Trump] envisage deux options. L’une des options consiste à intensifier le conflit en attaquant les infrastructures énergétiques iraniennes sur l’île de Kharg et le champ gazier de South Pars, ciblé par Israël il y a plus d’une semaine, avant de déclarer un cessez-le-feu énergétique. Selon les estimations, ces frappes pourraient durer de quelques jours à une semaine.
Israël a clairement indiqué qu’il n’enverrait pas de troupes au sol en Iran, mais qu’il soutiendrait fermement l’armée américaine si l’administration Trump prenait cette décision. « Ils recevront de notre part les renseignements les plus précis et toute l’assistance possible, et même davantage », a déclaré une source sécuritaire israélienne. Cette source a souligné qu’une opération terrestre visant à éliminer le stock d’uranium hautement enrichi iranien, une possibilité envisagée par l’administration Trump selon le Wall Street Journal, serait une bataille très complexe et longue, sans victoire assurée. En revanche, une éventuelle prise de contrôle de l’île de Kharg serait plus aisée, compte tenu de sa situation géographique. La seconde option envisagée, selon des estimations israéliennes, consiste à négocier un accord qui limiterait les capacités balistiques et nucléaires de l’Iran sans détruire ce qui reste de son infrastructure militaire. Netanyahu et ses conseillers privilégient la première option, a déclaré un décideur israélien. « Un accord conclu maintenant avec les Iraniens constituerait une victoire iranienne incontestable… Il ouvrirait une véritable voie de survie au régime iranien. » Un tel accord pourrait inclure la levée des sanctions et éventuellement une aide à la reconstruction.
Bien que le gouvernement Netanyahu n’ait pas renoncé à l’espoir de renverser le régime iranien, d’autres responsables et commentateurs ont souligné qu’un tel renversement en temps de guerre serait quasiment impossible. De ce fait, Israël semble privilégier l’affaiblissement du régime jusqu’à ce qu’il ne puisse plus se relever, encourageant ainsi de futures manifestations de masse. Cet argument est également utilisé pour convaincre Washington de poursuivre la guerre. À cette fin, Israël a intensifié ses frappes, ciblant des aciéries et d’autres installations stratégiques, tout en s’abstenant – à la demande de Trump – d’attaquer le secteur pétrolier et gazier iranien.
Israël étudie également les avantages stratégiques régionaux potentiels de cette guerre. « Ce sont les voisins de l’Iran qui souhaitent le plus la fin de la guerre sans renverser le régime », a déclaré une source diplomatique de haut rang… Cette source a ajouté que ces pays exercent « une forte pression sur Washington pour qu’il n’abandonne pas en cours de route. Ils craignent de devoir faire face, dans quelques jours, à un Iran plus radical, affaibli et assoiffé de vengeance »… « La plupart des États du Golfe, y compris ceux qui ne font pas encore partie des accords d’Abraham, laissent entendre qu’ils envisagent d’y adhérer », a noté la source… « On observe un soutien croissant à une alliance régionale de type OTAN au Moyen-Orient, sous l’égide des États-Unis, avec Israël jouant un rôle central… ».
Danny Citrinowicz, ancien haut responsable du renseignement de la défense israélienne — « ÉCHECS STRATÉGIQUES DE LA GUERRE » (Divers articles sur X, 28-31 mars) :
« Les contours d’un récit de sortie potentiel se dessinent déjà » : D’après les déclarations actuelles, les contours d’un récit de sortie potentiel se dessinent déjà. Sur la question nucléaire, l’argument central est de plus en plus clair : une grande partie de l’infrastructure nucléaire iranienne est profondément enfouie et fortifiée, ce qui rend son utilisation extrêmement difficile, voire impossible. Concernant le détroit d’Ormuz, le raisonnement est différent. L’argument avancé est que sa réouverture est aisée suite à d’importantes pressions américaines. En ce sens, Washington pourrait affirmer avoir déjà imposé des coûts substantiels et modifié l’équilibre stratégique pour quiconque chercherait à ouvrir le détroit. On ignore encore quelle voie Trump choisira finalement. L’option militaire reste une possibilité. Mais ce qui est déjà évident, c’est que les arguments justifiant une déclaration de succès sont préparés d’avance : un récit selon lequel les États-Unis ont atteint leurs objectifs, même sans résoudre pleinement la question nucléaire ni garantir définitivement la liberté de navigation dans le Golfe…
« La réouverture militaire du détroit d’Ormuz est illusoire » : il n’existe aucune solution simple pour rouvrir le détroit. Une intervention militaire directe serait extrêmement risquée. La géographie à elle seule – des voies navigables étroites, la proximité des côtes iraniennes et un trafic maritime dense – joue en faveur de Téhéran… Même si les forces américaines ou leurs alliés parvenaient à s’emparer de points stratégiques à proximité des îles, l’Iran pourrait toujours attaquer les pétroliers à l’aide de drones, de missiles ou de forces navales agissant à distance. Concrètement, la « réouverture » militaire du détroit pourrait s’avérer illusoire. L’alternative diplomatique n’est guère plus attrayante. Toute réouverture négociée exigerait vraisemblablement des concessions significatives à l’Iran, notamment la reconnaissance, explicite ou implicite, de ses revendications d’autorité sur cette voie maritime… Ce qui rend la situation encore plus préoccupante, c’est qu’elle aurait pu être évitée. Le détroit d’Ormuz était ouvert dès le début du conflit. Sa fermeture n’est pas inévitable, mais résulte directement d’une guerre qui a dégénéré sans plan clair pour sécuriser l’un des points de passage énergétiques les plus critiques au monde. En ce sens, la crise actuelle ne se résume pas aux actions de l’Iran ; elle est le fruit d’un manque de clairvoyance stratégique. Force est de constater que chaque option, militaire ou diplomatique, présente des inconvénients majeurs. Aucune n’offre de solution claire et décisive pour rétablir la stabilité dans le détroit d’Ormuz. Les propositions de détournement des flux énergétiques via Israël sont souvent présentées comme une solution ingénieuse, mais elles passent fondamentalement à côté du problème. Ces plans ne contribuent guère à résoudre la question de fond : l’acheminement de l’énergie du Golfe vers les marchés asiatiques. En réalité, ils vont dans la mauvaise direction. L’immense majorité des exportations énergétiques du Golfe sont destinées à l’Asie, et non à l’Europe. En effet, une telle approche pourrait avoir l’effet inverse. Cela pourrait inciter à des alliances alternatives, des pays comme la Syrie et la Turquie risquant de se joindre à l’Arabie saoudite pour développer des voies de contournement excluant délibérément Israël… Autrement dit, les efforts visant à « contourner » le détroit d’Ormuz ne résolvent pas le problème, ils le déplacent, souvent à un coût et un risque accrus.
Point de vue des dirigeants iraniens sur les négociations en cours : L’Iran ne souhaite pas une guerre sans fin, mais n’a aucune intention de transiger sur ses principes fondamentaux. Ceux-ci incluent : des garanties crédibles pour prévenir tout conflit futur, une compensation économique et la reconnaissance, formelle ou de facto, de son influence sur le détroit d’Ormuz. Les perspectives d’un accord à ce stade sont extrêmement faibles. Cela tient non seulement à des divergences de positions, mais aussi à un profond décalage de perception… Un accord viable exigerait probablement un changement d’approche de la part des États-Unis : revoir à la baisse leurs exigences maximalistes, comme le démantèlement de l’infrastructure balistique iranienne, ou recentrer leur action sur le dossier nucléaire, ou encore privilégier un accord limité en matière de sécurité maritime, ou adopter un cadre progressif permettant d’instaurer la confiance graduellement…
Perception par l’Iran de la dynamique stratégique : Dans les conditions actuelles, Téhéran est plus enclin à absorber les coûts et à poursuivre le conflit qu’à accepter les conditions imposées par les États-Unis, perçues comme une capitulation… L’Iran ne recherche pas principalement une désescalade. Il perçoit plutôt le conflit comme une opportunité de renégocier son environnement stratégique. En l’absence de garanties crédibles contre de futures actions militaires, il est peu probable que Téhéran accepte un cadre de cessez-le-feu. Les systèmes de commandement et de contrôle iraniens restent opérationnels et adaptables. Les schémas de frappes de représailles indiquent une coordination centralisée et le maintien des capacités de gestion de l’escalade… Il n’existe actuellement aucun indicateur de déstabilisation interne imminente.
Importance stratégique du détroit d’Ormuz : Contrairement aux attentes, l’Iran bénéficie d’une augmentation de ses revenus pétroliers durant le conflit… Le contrôle et l’influence sur le détroit d’Ormuz demeurent des intérêts stratégiques iraniens fondamentaux. Il est peu probable que Téhéran fasse des compromis sur cette question sans concessions économiques et politiques substantielles… En définitive, l’Iran fait preuve de patience stratégique, de stabilité intérieure et n’a aucune incitation immédiate à la désescalade…
« Échec stratégique » : Des acteurs clés du Golfe, tels qu’Oman et le Qatar, ont plaidé pour une désescalade… Le Qatar continue d’entretenir des liens fonctionnels avec l’Iran… L’idée d’une alliance régionale cohérente contre l’Iran reste exagérée… L’objectif implicite des États-Unis et d’Israël n’était pas seulement de réduire les capacités de l’Iran, mais de modifier le paysage stratégique, en créant les conditions d’un changement de régime. Cet objectif ne s’est pas concrétisé… Si le conflit prend fin dans les conditions actuelles, l’Iran pourrait en sortir vainqueur sur le plan stratégique, malgré des pertes tactiques… Il est loin d’être certain que la guerre, en l’état, ait accéléré la chute du régime iranien. Au contraire, le risque est grand que cela ait produit l’effet inverse… Le constat est clair : il s’agit d’une performance opérationnelle remarquable, fruit d’une étroite coordination entre le Commandement central américain et Israël. Mais si elle se conclut sans changement stratégique significatif, elle sera perçue comme une défaite stratégique…
ISRAËL ÉCHOUE LAMENTABLE SUR LE NIVEAU STRATÉGIQUE » ; « Tsahal s’effondre véritablement sur elle-même » – Le prix de la tromperie publique du gouvernement Netanyahu (Général de réserve Yitzhak Brik, Ma’ariv, 29 mars) :
La dernière attaque du pouvoir politique contre le chef d’état-major de Tsahal, Zamir, suite à son avertissement au sein du cabinet concernant l’effondrement imminent de l’armée dû à une pénurie de combattants, n’est pas un cas isolé. Elle révèle un mal bien plus profond : la priorité donnée à la survie politique au détriment de la sécurité de l’État d’Israël. Le rôle du chef d’état-major n’est pas de plaire aux ministres, mais de présenter au cabinet un tableau aussi précis que possible de la situation… La dure réalité est que l’armée est bel et bien en train de s’effondrer sur elle-même car le gouvernement refuse de prendre les décisions difficiles : étendre le service militaire obligatoire, garantir l’égalité de recrutement au sein de la population Haredi et assurer un traitement adéquat aux réservistes, durement touchés. Au lieu d’écouter cet avertissement, le pouvoir politique a opté pour sa tactique habituelle : l’attaque frontale. L’accusation selon laquelle ses propos affaiblissent Israël face à ses ennemis est… une tentative délibérée de détourner l’attention de l’échec du gouvernement vers celui qui aurait dû apporter la nouvelle.
Après deux ans et demi de combats, Israël peut se targuer d’impressionnantes victoires tactiques, mais échoue lamentablement sur le plan stratégique. Les objectifs de la guerre restent lointains, et la responsabilité en incombe avant tout au commandant en chef de l’armée, Netanyahu, et à ses ministres. Tenter de faire porter l’entière responsabilité de l’échec, du 7 octobre à nos jours, à la seule armée est une manœuvre de désinformation. L’armée remplit les missions qui lui sont confiées, mais sans politique claire, sans vision stratégique et sans perspective d’avenir, les victoires sur le terrain perdent tout leur sens. La longue liste des systèmes qui s’effondrent sous le gouvernement actuel – de la résilience nationale à l’éducation, en passant par le déficit budgétaire, les transports et les relations internationales – témoigne de priorités mal définies. Lorsque chaque considération de sécurité est analysée à l’aune de l’intégrité de la coalition, la sécurité nationale devient un otage… L’effondrement de la résilience nationale révèle la plus grande faiblesse de la société israélienne actuelle. La résilience nationale ne se mesure pas au nombre d’avions ou de chars, mais à la capacité d’une société à résister à des chocs continus, à s’en remettre et à maintenir sa cohésion interne et la confiance dans ses institutions.
Les composantes de cet effondrement sont les suivantes : la rupture de la confiance entre le public et ses dirigeants. La résilience nationale repose sur le « contrat tacite » entre le citoyen et l’État. Lorsque le public constate que des décisions cruciales, telles que la conscription ou l’extension du service de réserve, sont prises dans l’intérêt de la coalition et non en fonction d’un besoin opérationnel urgent, ce contrat est violé et engendre un sentiment de trahison.
La polarisation délibérée comme outil politique : le recours au discours du « nous contre eux » est une composante essentielle de l’effondrement de la résilience. Les attaques lancées par les ministres et les membres de la coalition contre le chef d’état-major et les hauts responsables de Tsahal ne relèvent pas d’un simple débat professionnel ; elles s’inscrivent dans une campagne visant à déresponsabiliser les échelons politiques. Lorsque l’armée, dernier rempart du consensus, devient la cible de critiques politiques virulentes, l’épine dorsale du système social israélien s’effondre.
Érosion du système de réserve et de l’aide à l’arrière : après deux ans et demi de combats, la résilience nationale est mise à l’épreuve par la capacité de résistance de la « génération de réserve »… L’effondrement est manifeste… : des milliers de familles subissent une pression émotionnelle et financière insoutenable ; l’emploi est menacé, les petites entreprises sont durement touchées et les carrières des militaires sont compromises ; les traumatismes et l’épuisement professionnel ne reçoivent aucune réponse gouvernementale adéquate. Lorsque l’État ignore ce fardeau et continue d’imposer des charges toujours plus lourdes à ce petit groupe, cette résilience s’effondre tout simplement.
Perte d’espoir et de perspective stratégique : une société peut endurer la souffrance et la guerre sur la durée si elle croit en un but ultime et en une lueur d’espoir. L’effondrement actuel découle de l’absence de vision d’après et de politique claire. En l’absence de vision stratégique, la population a le sentiment d’être engagée dans une « guerre sans fin » au service d’intérêts politiques, ce qui engendre désespoir, exode des cerveaux et un sentiment général de faiblesse.
L’effondrement de la garantie mutuelle : la négligence des besoins des personnes évacuées au nord comme au sud a sapé les fondements mêmes de la garantie mutuelle israélienne. Lorsqu’une personne craint d’être abandonnée par l’État au moment crucial, sa résilience nationale s’effrite. Cet effondrement est le plus dangereux, car il opère de l’intérieur. On peut reconstruire une armée avec des budgets et du matériel, mais la perte de confiance et la désintégration du tissu social exigent des générations de reconstruction.
Le constat est clair : l’effondrement de l’armée est l’effondrement du pays… Il est temps que les responsables politiques cessent de chercher des coupables et commencent à assumer leurs responsabilités, avant que le précipice dans lequel nous nous enfonçons ne devienne une fatalité.
L’ancien chef du Conseil de sécurité nationale, Giora Eiland, met en garde contre des « erreurs stratégiques » – « Surdéploiement de Tsahal » ; « Erreurs stratégiques au Liban » (103fm/Ma’ariv) :
Le lieutenant-colonel (de réserve) Giora Eiland, ancien chef du Conseil de sécurité nationale [israélien], a exprimé des doutes quant à la pertinence d’ouvrir un front au Liban à l’heure actuelle. Dans une interview, M. Eiland a déclaré avoir interrogé un haut responsable sur l’opportunité d’ouvrir un nouveau front parallèlement à la campagne contre l’Iran. Ce dernier lui aurait répondu : « Nous avons l’occasion de mener à bien au Liban ce que nous n’avons pas pu faire il y a un an et demi. » « Je ne peux m’empêcher de me demander si saisir cette opportunité au Liban n’était pas une erreur stratégique », a-t-il ajouté. « On ne peut pas se lancer dans une guerre aussi présomptueuse contre l’Iran, sans savoir combien de temps elle durera, et ouvrir simultanément un front au Liban… » Cette fois-ci, [Israël] adopte une approche différente… « Cette fois, l’intention est de détruire toutes les infrastructures civiles existantes et de créer ainsi une sorte de zone de sécurité de sept à huit kilomètres de profondeur… Cette approche est la bonne, elle est coûteuse et problématique, mais la bonne », [a-t-il déclaré], mais « nous avons tiré les leçons de Gaza : il est inutile de contrôler un territoire où vit une population hostile », a-t-il ajouté… [La politique actuelle] « ne résout pas le problème principal au Liban, à savoir les tirs de roquettes. Ils sont tirés au nord du Litani, et le nombre de roquettes semble infini… Nous sommes contraints d’investir davantage au Liban, sans pour autant changer la situation sur place. »
Les critiques d’Eiland portent également sur la lourde charge de travail imposée à Tsahal sur plusieurs théâtres d’opérations simultanément, à la lumière des récentes déclarations du chef d’état-major Zamir : « Il y a une limite à la capacité de déployer et d’opérer sur plusieurs fronts en même temps. » Dans ce contexte, il a également exprimé des doutes quant à la nécessité d’une présence terrestre en Syrie. « Il n’est pas certain que notre présence soit nécessaire… ».
Eiland s’est aussi interrogé sur les raisons pour lesquelles Israël n’attend pas d’examiner les implications régionales des attaques contre l’Iran avant d’étendre sa campagne à d’autres zones. « Nous espérions que la guerre en Iran aboutirait à un résultat positif, ce qui compliquerait les opérations du Hezbollah », a-t-il déclaré. « L’idée de tout faire par la force des armes, sans attendre l’évolution de la situation, est trop coûteuse. » Il a mis en garde contre la possibilité qu’Israël ait pris une mauvaise décision stratégique. « Je ne suis pas certain que nous n’ayons pas commis d’erreur stratégique », a-t-il conclu. « Nous prenons conscience de la difficulté, de la longueur et de la souffrance que représente cette situation. »
« Trump apprend à ses dépens que les Iraniens ne sont pas des magnats de l’immobilier new-yorkais qui cèdent sous la menace » (Alon Ben David, correspondant militaire pour la chaîne 13, Ma’ariv, 28 mars) :
Lorsque le jeune Trump a voulu réussir dans le monde de l’immobilier à Manhattan, il s’est entouré de l’avocat Roy Cohen, qui était également le défenseur des cinq familles mafieuses de la ville. Cohen, un homme à l’allure et au tempérament d’un hamster, disposait de nombreuses relations dans le système judiciaire et au sein du gouvernement, et s’était forgé une réputation d’homme à ne pas prendre à la légère.
Dans la plupart des cas, il suffisait à Trump de présenter Cohen à la partie adverse pour qu’elle accepte ses conditions. Parfois, il était également contraint de se séparer de ce hamster et de traîner l’autre partie devant les tribunaux, où Cohen, avec autorité, obtenait gain de cause. C’était toujours l’objectif principal de Trump : gagner. Non pas pour agrandir le gâteau, ni pour parvenir à une situation gagnant-gagnant, mais pour une victoire personnelle – de préférence avec la capitulation de l’autre camp. La personnalité complexe de Trump est celle d’un homme qui parcourt le monde avec un gros bâton et une petite carotte, voire sans carotte du tout. Il est guidé par l’ego et la colère. Il prend parfois des décisions émotionnelles, parfois rationnelles, prêt à faire volte-face à tout moment, mais toujours animé par la volonté de gagner. Et Trump a compris que pour gagner, il faut Roy Cohen à ses côtés.
Cinquante ans plus tard, l’armée américaine est le nouveau « Roy Cohen » de Trump. Il la met en scène dans l’espoir de faire capituler l’adversaire, et n’hésite pas à lâcher prise. Sauf que cette fois, il affronte un adversaire inédit. Ce ne sont ni des magnats de l’immobilier new-yorkais, ni des mafieux, mais des Perses, membres d’une culture tricentenaire, qui ont une conception différente du temps et de la victoire. L’Iran a mal jugé Trump et a subi un coup dur et inattendu au début du conflit, mais s’est rapidement relevé, a surmonté l’épreuve et, après quatre semaines d’écrasement, le régime iranien est toujours debout.
Ce que cette guerre leur a appris, c’est qu’ils possèdent une arme tout aussi puissante que l’arme nucléaire. Leur capacité à fermer le détroit d’Ormuz est une force qui nuit au monde entier… La tentative de Trump de prendre le contrôle du détroit exigerait des forces comparables à celles de la Seconde Guerre mondiale et aurait un coût qu’il aurait du mal à supporter… L’Iran pourrait maintenir le détroit fermé et fixer les conditions de sa réouverture. Par conséquent, si des négociations s’ouvrent, c’est l’Iran qui y entrera en position de force.
Les choix qui s’offrent à Trump sont difficiles : il peut faire ce qu’il déteste – tenter d’apaiser les Iraniens pour qu’ils ouvrent le détroit, puis, fidèle à son héritage historique, recourir à la force… ou il peut choisir d’utiliser une force bien plus importante, disproportionnée et peut-être même non conventionnelle, pour mettre ce régime à genoux.
Du point de vue d’Israël, tout scénario dans lequel Trump parviendrait à un accord avec l’Iran est néfaste. Cela signifierait la survie du régime iranien, le maintien des flux financiers et le début de la reconstruction des capacités militaires de l’Iran. Nous pouvons nous consoler en sachant que les dégâts causés… prendront de nombreuses années à réparer, mais cela signifie que nous devrons à nouveau traiter avec eux dans un avenir proche, et rien ne garantit que nous aurons la même liberté d’action qu’aujourd’hui avec Trump.
Dans toutes les guerres d’Israël, nous avons toujours subi des pressions américaines et internationales… Nous n’avons jamais été engagés dans un conflit sans avoir le dernier mot sur le moment et la manière dont il se terminerait. Cette fois-ci, tout repose entre les mains de Trump, et il s’agit désormais d’une guerre pour son ego et son héritage. Il écoute Netanyahu, ce qui est important, mais l’influence de ce dernier sur ses décisions est limitée. Trump n’hésitera pas à sacrifier Netanyahu et à l’accuser d’entraîner les États-Unis dans une guerre futile, si cela l’arrange.
Une autre issue est possible : l’uranium enrichi iranien, soit 440 kilogrammes représentant son potentiel nucléaire futur, est enfoui sur trois sites – la moitié à Ispahan et l’autre moitié sur les sites bombardés de Fordow et Natanz. Si Trump parvient à extraire ne serait-ce que la moitié de ce matériau lors d’une opération militaire, avec ou sans Israël, il pourra crier victoire. Cela n’ouvrira pas le détroit d’Ormuz, ni ne fera tomber le régime, mais constituera un succès permettant aux États-Unis de poursuivre les négociations en position de force, ou de continuer la guerre par d’autres moyens, jusqu’à la chute du régime.
ISRAËL S’ENGAGE DE NOUVEAU DANS LE BOURBIER LIBANAIS alors qu’un nouveau plan de « zone de sécurité » se dessine (Ofer Shelah, directeur du programme de recherche sur la sécurité nationale, Institut d’études sur la sécurité nationale, Yedioth Ahoronot) :
Outre l’Iran, un labyrinthe complexe et de plus en plus dangereux se dessine sur les autres fronts israéliens… Le chef d’état-major de Tsahal, de concert avec les dirigeants politiques, prend conscience d’une réalité au Liban qui pourrait mettre à rude épreuve les forces armées, sans pour autant garantir la sécurité… Le ministre de la Défense, Katz, dont le rythme de déclarations rivalise avec celui de Trump, a exposé le plan de guerre pour le nord : la création d’une « zone de sécurité » d’au moins 8 km de profondeur à travers le sud du Liban, vidée de ses habitants chiites et occupée par les forces de Tsahal qui y maintiendraient, selon un rapport, « au moins 18 positions »…
Les observateurs avertis se souviendront peut-être de la promesse de Menahem Begin en 1982 : « Le pays sera tranquille pendant 40 ans. » Pour comprendre ce qui se dessine aujourd’hui, il est utile de rappeler ce qu’était la « zone de sécurité » initiale entre 1985 et mai 2000… En réalité, cette zone n’était pas véritablement contrôlée par Tsahal et ne protégeait pas efficacement le nord du pays. La grande majorité des positions et des troupes appartenaient à l’Armée du Sud-Liban (ALS)… Chaque fois que l’ALS semblait au bord de l’effondrement, Israël lançait des opérations majeures telles que « Responsabilité » et « Les Raisins de la colère »… Ce concept a non seulement coûté de lourdes pertes humaines, mais s’est aussi révélé stratégiquement inefficace… Cette fois-ci, le plan est tout autre : une ceinture militaire solide, composée exclusivement de forces de Tsahal, contrôlant un territoire de 120 km de long et d’une profondeur considérable… destinée à créer une véritable zone tampon…
Cela exigerait la présence de milliers de soldats en permanence. Même alors, il est douteux qu’ils puissent empêcher de petits groupes déterminés, connaissant parfaitement le terrain, d’infiltrer Israël… Un tel déploiement représente un scénario idéal pour une guérilla locale… Une telle force, qu’il s’agisse du Hezbollah ou d’un autre acteur, émergera inévitablement. Le Hezbollah lui-même est né de la résistance à la présence israélienne au Liban pendant 18 ans ; lui ou ses successeurs se développeraient à nouveau dans des conditions similaires… Les forces limitées déployées jusqu’à présent… devraient au moins doubler, parallèlement au renforcement de la barrière frontalière et des défenses intérieures… Au total, cela nécessiterait une force au moins quatre fois plus importante, dotée d’un effectif complet et maintenue en activité 365 jours par an. Alors que le concept de « défense avancée » devient la nouvelle doctrine de Tsahal… il en résulte une multiplication des forces qui non seulement mettra à rude épreuve l’armée, mais ne lui laissera guère de marge de manœuvre. Aucun plan d’enrôlement des ultra-orthodoxes ne résoudra ce problème…
Sur le plan diplomatique, une zone de sécurité garantirait quasiment qu’aucun accord avec le Liban, formel ou informel, ne sera possible. Aucun gouvernement libanais ne pourrait accepter une situation où le sud du pays serait de facto occupé par Israël… Ce qui commencerait comme une mesure temporaire risquerait fort de s’enraciner, et Israël en subirait les conséquences… Il convient de rappeler que la destruction à grande échelle pour le simple plaisir de détruire s’apparente à un crime de guerre…
Cette situation résulte d’une combinaison de facteurs : un gouvernement enclin aux solutions militaires, un commandement militaire encore marqué par le traumatisme du 7 octobre et une population exaspérée après deux ans et demi passés à entendre que la force est l’unique solution. Elle est due à une mémoire courte, à une rhétorique creuse et au mépris d’un principe historique fondamental : la force seule ne permet pas d’obtenir des résultats durables sans un cadre politique solide, un principe désormais manifeste en Iran également. La solution est claire : une défense forte et renforcée le long de la frontière, incluant des ajustements tactiques ciblés… Parallèlement, Israël devrait intensifier son engagement international, notamment en soutenant le gouvernement libanais… Il est nécessaire d’évaluer avec lucidité la réalité, l’état et les capacités de l’armée, ainsi que les objectifs nationaux d’Israël. Cette approche est peut-être moins spectaculaire, mais l’alternative est bien pire.
Le constat est clair : l’effondrement de l’armée est l’effondrement du pays… Il est temps que les responsables politiques cessent de chercher des coupables et commencent à assumer leurs responsabilités, avant que le précipice dans lequel nous nous enfonçons ne devienne une fatalité.
L’ancien chef du Conseil de sécurité nationale, Giora Eiland, met en garde contre des « erreurs stratégiques » – « Surdéploiement de Tsahal » ; « Erreurs stratégiques au Liban » (103fm/Ma’ariv) :
Le lieutenant-colonel (de réserve) Giora Eiland, ancien chef du Conseil de sécurité nationale [israélien], a exprimé des doutes quant à la pertinence d’ouvrir un front au Liban à l’heure actuelle. Dans une interview, M. Eiland a déclaré avoir interrogé un haut responsable sur l’opportunité d’ouvrir un nouveau front parallèlement à la campagne contre l’Iran. Ce dernier lui aurait répondu : « Nous avons l’occasion de mener à bien au Liban ce que nous n’avons pas pu faire il y a un an et demi. » « Je ne peux m’empêcher de me demander si saisir cette opportunité au Liban n’était pas une erreur stratégique », a-t-il ajouté. « On ne peut pas se lancer dans une guerre aussi présomptueuse contre l’Iran, sans savoir combien de temps elle durera, et ouvrir simultanément un front au Liban… » Cette fois-ci, [Israël] adopte une approche différente… « Cette fois, l’intention est de détruire toutes les infrastructures civiles existantes et de créer ainsi une sorte de zone de sécurité de sept à huit kilomètres de profondeur… Cette approche est la bonne, elle est coûteuse et problématique, mais la bonne », [a-t-il déclaré], mais « nous avons tiré les leçons de Gaza : il est inutile de contrôler un territoire où vit une population hostile », a-t-il ajouté… [La politique actuelle] « ne résout pas le problème principal au Liban, à savoir les tirs de roquettes. Ils sont tirés au nord du Litani, et le nombre de roquettes semble infini… Nous sommes contraints d’investir davantage au Liban, sans pour autant changer la situation sur place. »
Les critiques d’Eiland portent également sur la lourde charge de travail imposée à Tsahal sur plusieurs théâtres d’opérations simultanément, à la lumière des récentes déclarations du chef d’état-major Zamir : « Il y a une limite à la capacité de déployer et d’opérer sur plusieurs fronts en même temps. » Dans ce contexte, il a également exprimé des doutes quant à la nécessité d’une présence terrestre en Syrie. « Il n’est pas certain que notre présence soit nécessaire… ».
Eiland s’est aussi interrogé sur les raisons pour lesquelles Israël n’attend pas d’examiner les implications régionales des attaques contre l’Iran avant d’étendre sa campagne à d’autres zones. « Nous espérions que la guerre en Iran aboutirait à un résultat positif, ce qui compliquerait les opérations du Hezbollah », a-t-il déclaré. « L’idée de tout faire par la force des armes, sans attendre l’évolution de la situation, est trop coûteuse. » Il a mis en garde contre la possibilité qu’Israël ait pris une mauvaise décision stratégique. « Je ne suis pas certain que nous n’ayons pas commis d’erreur stratégique », a-t-il conclu. « Nous prenons conscience de la difficulté, de la longueur et de la souffrance que représente cette situation. »
« Trump apprend à ses dépens que les Iraniens ne sont pas des magnats de l’immobilier new-yorkais qui cèdent sous la menace » (Alon Ben David, correspondant militaire pour la chaîne 13, Ma’ariv, 28 mars) :
Lorsque le jeune Trump a voulu réussir dans le monde de l’immobilier à Manhattan, il s’est entouré de l’avocat Roy Cohen, qui était également le défenseur des cinq familles mafieuses de la ville. Cohen, un homme à l’allure et au tempérament d’un hamster, disposait de nombreuses relations dans le système judiciaire et au sein du gouvernement, et s’était forgé une réputation d’homme à ne pas prendre à la légère.
Dans la plupart des cas, il suffisait à Trump de présenter Cohen à la partie adverse pour qu’elle accepte ses conditions. Parfois, il était également contraint de se séparer de ce hamster et de traîner l’autre partie devant les tribunaux, où Cohen, avec autorité, obtenait gain de cause. C’était toujours l’objectif principal de Trump : gagner. Non pas pour agrandir le gâteau, ni pour parvenir à une situation gagnant-gagnant, mais pour une victoire personnelle – de préférence avec la capitulation de l’autre camp. La personnalité complexe de Trump est celle d’un homme qui parcourt le monde avec un gros bâton et une petite carotte, voire sans carotte du tout. Il est guidé par l’ego et la colère. Il prend parfois des décisions émotionnelles, parfois rationnelles, prêt à faire volte-face à tout moment, mais toujours animé par la volonté de gagner. Et Trump a compris que pour gagner, il faut Roy Cohen à ses côtés.
Cinquante ans plus tard, l’armée américaine est le nouveau « Roy Cohen » de Trump. Il la brandit comme un trophée dans l’espoir de faire capituler l’adversaire, et n’hésite pas à lâcher prise. Sauf que cette fois, il affronte un adversaire inédit. Ce ne sont ni des magnats de l’immobilier new-yorkais, ni des mafieux, mais des Perses, membres d’une culture tricentenaire, qui ont une conception différente du temps et de la victoire. L’Iran a mal jugé Trump et a subi un revers brutal dès le début du conflit, mais s’est rapidement relevé, a surmonté l’épreuve et, après quatre semaines d’écrasement, le régime iranien est toujours debout.
Cette guerre leur a appris qu’ils détiennent une arme non moins puissante que l’arme nucléaire. Leur capacité à fermer le détroit d’Ormuz est une force qui nuit au monde entier… La tentative de Trump de prendre le contrôle du détroit exigerait des forces comparables à celles de la Seconde Guerre mondiale et aurait un coût qu’il aurait du mal à supporter… L’Iran pourrait maintenir le détroit fermé et fixer les conditions de son ouverture. Par conséquent, si des négociations s’ouvrent, c’est l’Iran qui y entrera en position de force.
Les choix qui s’offrent à Trump sont difficiles : il peut faire ce qu’il déteste – tenter d’apaiser et de satisfaire les Iraniens afin qu’ils ouvrent le détroit, puis, fidèle à son héritage historique, imposer sa loi… ou il peut choisir d’utiliser une force bien plus importante, disproportionnée et peut-être même non conventionnelle, pour mettre ce régime à genoux.
Du point de vue d’Israël, tout scénario dans lequel Trump parviendrait à un accord avec l’Iran est néfaste. Cela signifierait la survie du régime iranien, l’afflux de capitaux et le début de la reconstruction des capacités militaires de l’Iran. Nous pouvons nous consoler en sachant que les dégâts causés… prendront de nombreuses années à réparer, mais cela signifie que nous devrons y faire face à nouveau dans un avenir proche, et rien ne garantit que nous aurons la même liberté d’action qu’aujourd’hui avec Trump.
Dans toutes les guerres d’Israël, nous avons toujours subi des pressions américaines et internationales… nous n’avons jamais été en guerre sans avoir le dernier mot sur le moment et la manière dont elle se terminerait. Cette fois-ci, tout repose entre les mains de Trump, et c’est désormais une guerre pour son ego et son héritage. Il écoute Netanyahu, ce qui est important, mais l’influence de ce dernier sur ses décisions est limitée. Trump n’hésitera pas à sacrifier Netanyahu et à l’accuser d’entraîner les États-Unis dans une guerre futile, si cela l’arrange.
Une autre issue est possible : l’uranium enrichi iranien, soit 440 kilogrammes représentant son potentiel nucléaire futur, est enfoui sur trois sites – la moitié à Ispahan et l’autre moitié sur les sites bombardés de Fordow et Natanz. Si Trump parvient à extraire ne serait-ce que la moitié de ce matériau lors d’une opération militaire, avec ou sans Israël, il pourra crier victoire. Cela n’ouvrira pas le détroit d’Ormuz, ni ne fera tomber le régime, mais constituera un succès permettant aux États-Unis de poursuivre les négociations en position de force, ou de continuer la guerre par d’autres moyens, jusqu’à la chute du régime.
Israël s’enlise à nouveau dans le bourbier libanais avec l’élaboration d’un nouveau plan de « zone de sécurité » (Ofer Shelah, directeur du Programme de recherche sur la sécurité nationale, Institut d’études de sécurité nationale, Yedioth Ahoronot) :
[Outre l’Iran], un labyrinthe complexe et de plus en plus dangereux se dessine sur les autres fronts d’Israël… Le chef d’état-major de Tsahal, de concert avec les dirigeants politiques, s’engage en toute connaissance de cause dans une réalité libanaise qui pourrait mettre à rude épreuve les forces armées, sans pour autant garantir la sécurité… Le ministre de la Défense, Katz, dont le rythme de déclarations rivalise avec celui de Trump, a exposé le plan de guerre pour le nord : la création d’une « zone de sécurité » d’au moins 8 km de profondeur à travers le sud du Liban, vidée de ses habitants chiites et occupée par les forces de Tsahal qui y maintiendraient, selon un rapport, « au moins 18 positions »…Les plus avertis se souviendront peut-être de la promesse faite par Menahem Begin en 1982 : « Le pays sera tranquille pendant 40 ans. » Pour comprendre ce qui se dessine actuellement, il convient de rappeler ce qu’était la « zone de sécurité » initiale entre 1985 et mai 2000… En réalité, cette zone n’était pas véritablement contrôlée par Tsahal et ne protégeait pas efficacement le nord du pays. La grande majorité des positions et des troupes appartenaient à l’Armée du Sud-Liban (ALS)… Chaque fois que l’ALS semblait au bord de l’effondrement, Israël lançait des opérations majeures telles que « Responsabilisation » et « Les Raisins de la colère »… Ce concept a non seulement coûté de lourdes pertes humaines, mais s’est également révélé stratégiquement inefficace… Cette fois-ci, le plan est totalement différent : une ceinture militaire dense, composée exclusivement de forces de Tsahal, contrôlant un territoire de 120 km de long et en profondeur… destinée à créer une véritable zone tampon…
Cela exigerait la présence de milliers de soldats en permanence. Même alors, il est douteux qu’ils puissent empêcher de petits groupes déterminés, connaissant parfaitement le terrain, d’infiltrer Israël… Un tel déploiement représente un scénario idéal pour une guérilla locale… Une telle force, qu’il s’agisse du Hezbollah ou d’un autre acteur, émergera inévitablement. Le Hezbollah lui-même est né de la résistance à la présence israélienne au Liban pendant 18 ans ; lui ou ses successeurs se développeraient à nouveau dans des conditions similaires… Les forces limitées déployées jusqu’à présent… devraient au moins doubler, parallèlement au renforcement de la barrière frontalière et des défenses intérieures… Au total, cela nécessiterait une force au moins quatre fois plus importante, dotée d’un effectif complet et maintenue en activité 365 jours par an. Alors que le concept de « défense avancée » devient la nouvelle doctrine de Tsahal… il en résulte une multiplication des forces qui non seulement mettra à rude épreuve l’armée, mais ne lui laissera guère de marge de manœuvre. Aucun plan d’enrôlement des ultra-orthodoxes ne résoudra ce problème…
Sur le plan diplomatique, une zone de sécurité garantirait quasiment qu’aucun accord avec le Liban, formel ou informel, ne sera possible. Aucun gouvernement libanais ne saurait accepter une situation où le sud du pays serait de facto occupé par Israël… Ce qui commencerait comme une mesure temporaire risquerait fort de s’enraciner, et Israël en subirait les conséquences… Il convient de rappeler que la destruction à grande échelle pour le simple plaisir de détruire s’apparente à un crime de guerre…
Cette situation résulte de la combinaison d’un gouvernement enclin aux solutions militaires, d’un commandement militaire encore marqué par le traumatisme du 7 octobre et d’une population exaspérée après deux ans et demi passés à entendre que la force est la seule réponse. Elle résulte d’une mémoire courte, d’une rhétorique creuse et d’un mépris d’un principe historique fondamental : la force seule ne permet pas d’obtenir des résultats durables sans un cadre politique pour la soutenir, un principe désormais également manifeste en Iran.
La solution est claire : une défense forte et renforcée le long de la frontière, impliquant des ajustements tactiques limités… Parallèlement, Israël devrait renforcer son engagement international, notamment en soutenant le gouvernement libanais… Il est indispensable de procéder à une évaluation lucide de la réalité, de l’état et des capacités de l’armée, ainsi que des objectifs nationaux d’Israël. Cette approche est peut-être moins attrayante visuellement, mais l’alternative est une réalité bien pire.
CONFLICTS FORUM
https://conflictsforum.substack.com/p/israeli-security-grandees-stark-warnings
Traduit par Brahim Madaci





