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La CIA a inventé le mythe du « génocide ouïghour »

Le 14 mars 2024, Reuters a publié un rapport explosif révélant qu’en 2019, la Maison-Blanche dirigée par Donald Trump avait lancé une campagne d’influence clandestine de la CIA visant à ternir la réputation internationale de la Chine.

Selon trois anciens hauts responsables américains cités par Reuters, l’agence aurait mis sur pied une petite unité chargée d’utiliser de fausses identités sur Internet pour diffuser des récits hostiles au gouvernement de Xi Jinping, tout en transmettant à la presse étrangère des renseignements nuisibles à la Chine. L’objectif : influencer l’opinion publique mondiale et semer la méfiance au sein du pouvoir chinois.

Les sources affirment que cette campagne visait notamment à alimenter les allégations de corruption visant des responsables chinois et à critiquer l’initiative “la Ceinture et la Route”. Si Reuters n’a pas confirmé la poursuite de ces opérations sous l’administration Biden, des spécialistes du renseignement ont rappelé que ce type de directives présidentielles perdure souvent d’un mandat à l’autre.

Ces révélations s’insèrent dans un contexte de nouvelle guerre froide marquée par la rivalité stratégique sino-américaine. Depuis la stratégie de défense nationale de 2018, le Pentagone a replacé la compétition entre grandes puissances au centre de la doctrine militaire américaine, reléguant au second plan la lutte contre le terrorisme.

L’année 2019 a symbolisé une escalation : création au sein du ministère de la Défense d’un bureau exclusivement consacré à la Chine, désignation de Pékin comme “défi stratégique” par l’OTAN, multiplication des transits militaires dans le détroit de Taïwan et des vols de reconnaissance au-dessus de la mer de Chine méridionale. L’épidémie de COVID 19 en 2020 est rapidement devenue un nouveau terrain d’affrontement informationnel entre Washington et Pékin.

Les dimensions informationnelles et médiatiques

Plus qu’une confrontation militaire, la nouvelle guerre froide est d’abord informative et idéologique. Elle a cherché à isoler la Chine sur la scène mondiale par une bataille narrative autour des droits humains et de la transparence politique. C’est dans ce cadre qu’ont émergé, dès 2019, des accusations de “génocide” contre les Ouïghours au Xinjiang.

Or, nombre des arguments à la base de ces accusations reposaient sur des documents et rapports d’origine controversée. Le “Tribunal chinois”, à l’origine d’une pétition à l’ONU en 2019, entretenait des liens étroits avec le mouvement Falun Gong et ses médias affiliés (The Epoch Times, New Tang Dynasty TV). Quant aux rapports du sociologue allemand Adrian Zenz, utilisés par l’administration Trump en 2021 pour accuser Pékin de génocide, ils ont été publiés par des structures liées à l’appareil de politique étrangère américain comme la Jamestown Foundation ou la Victims of Communism Memorial Foundation.

Les fuites et leur traçabilité douteuse

Les principales “preuves” mises en avant – liste Karakax, liste Aksu, China Cables ou Xinjiang Police Files – proviennent de fuites dont les chaînes de transmission restent opaques.
Certaines auraient été obtenues via Radio Free Asia, média historiquement financé par la CIA, ou par des “hackers” non identifiés. Des métadonnées publiées dans les Xinjiang Police Files ont suscité le doute : on y retrouve la trace d’édition attribuée à Adrian Zenz et à Ilshat Kokbore, dirigeant du World Uyghur Congress, une organisation financée par la National Endowment for Democracy (NED) – souvent perçue comme la branche publique des opérations d’influence américaines.

Malgré ces zones d’ombre, ces documents ont servi de fondement à des rapports cités par les grands médias, le Département d’État américain et même le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
*Patrick MacFarlane est Justin Raimondo Fellow au Libertarian Institute, où il prône une politique étrangère non interventionniste. Il est avocat dans le Wisconsin et exerce en cabinet privé. Il est l’animateur de Vital Dissent sur http://www.vitaldissent.com , où il cherche à s’opposer à l’escalade calamiteuse de la politique étrangère américaine en dénonçant les récits de l’establishment à l’aide de documentaires bien documentés et d’interviews d’invités perspicaces.

Son travail a été publié sur http://antiwar.com , GlobalResearch.ca et Zerohedge. Il peut être contacté à l’adresse suivante : patrick.macfarlane@libertyweekly.net
http://Antiwar.com

Traduit par Brahim Madaci

Un éclairage rétrospectif

À la lumière des révélations de Reuters, les liens entre ces campagnes d’information et les opérations d’influence de la CIA apparaissent désormais sous un jour nouveau. L’instrumentalisation de fuites et d’ONG réputées “indépendantes” semble avoir participé à une même stratégie : affaiblir la crédibilité internationale de la Chine et justifier un encerclement diplomatique et économique au nom des droits de l’homme.
Patrick MacFarlane, juriste au Libertarian Institute, rappelle que ces méthodes prolongent la logique d’ingérences propres à la guerre froide : “la CIA opère aujourd’hui davantage par récits et perception que par coups d’État directs. L’ère numérique a simplement changé la forme de la propagande.”

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